Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
L'administratrice : Sérénité'art

samedi 6 avril 2019

DIALOGUES CALLIGRAPHIQUES 3 - (A)

关于静的思考
La conception du silence-repos

Dans l’art pictural-calligraphique-poétique chinois
Elisabeth F : Les Chinois avaient et ont encore une conception de l’univers tout à fait à part, par conséquent, totalement exceptionnelle et originale. En effet, le taoïsme a développé durant toute l’histoire de  l’Empire du Milieu un concept préconisant que l’univers est né du néant, du Vide originel. Ce Vide qui est en fait l’expression par excellence du plus plein, est un chaos composé des deux éléments  opposés, à savoir les fameux yin et yang. Toujours selon le taoïsme, le yin et le yang règnent dans les dix milles choses, depuis le microcosme jusqu’au macrocosme. Est-ce que vous pourriez nous expliquer cette conception ancestrale chinoise  qui régit aussi l’art chinois?

Shi Bo : En effet, cette conception chinoise dont vous parlez  concerne et anime la philosophie chinoise sur l’art, dans ses deux expressions les plus nobles et sophistiquées : la peinture et la calligraphie.

Les artistes chinois s’adonnent à la peinture de paysage, autrement dit peinture Montagnes-Eaux (山水画) , pensant que la montagne et l’eau appartiennent respectivement au yang et au yin, la peinture Montagnes-Eaux a le mérite de refléter le mieux l’équilibre entre le yin et le yang de notre univers grâce à l‘encre (yin) et au pinceau (yang).


De même que la peinture Montagnes-Eaux prédomine dans l’art pictural chinois, la poésie Montagnes-Eaux existe depuis toujours dans la littérature chinoise et reste aujourd’hui comme par le passé un des leitmotivs éternels et préférés  de la poésie chinoise. En chinois, ce genre de poésie est appelé  shān shuǐ shī( 山水诗 ), tout comme ce genre de peinture, shān shuǐ huà(山水画 ).

L’équilibre du yin et du yang



阴阳平衡


Le Tao engendre le Un
Le Un engendre le deux
Le deux engendre le trois
Le trois engendre les dix mille choses
Les dix mille choses portent sur leur dos le yin
Et embrassent dans leurs bras le yang
L’harmonie naît au souffle du Vide médian
--Lao Tseu : Tao Te King ( 道德经 )

Elisabeth F : Tout provient de ce fameux équilibre du yin et du yang. Voudriez-vous nous expliquer un peu cette théorie d’équilibre ?

Shi Bo : Volontiers ! le Tao Te King est réputé comme étant la  « Bible du taoïsme », Le passage ici cité constitue en fait la philosophie fondamentale régissant la conception de la cosmologie chinoise et du rapport entre les humains et l’univers. La peinture shan shui hua, pensée en action, guidée par cette conception, est devenue le moyen le plus adapté pour décrire ce rapport homme-nature, de même, la poésie shan shui shi est devenue le meilleur chantre de l’harmonie née au souffle du Vide Suprême.

L’équilibre du yin et du yang étant l’harmonie suprême de l’univers, la peinture shan shui hua et la poésie shan shui shi sont devenues et restent toujours un moyen et une expression de la recherches de cette harmonie suprême.


De même que les peintres et les calligraphes traditionnels chinois consacrent toute leur vie à chercher à exprimer dans leur création shan shui hua l’harmonie entre forme et esprit, visible et invisible, homme et nature, etc., en un mot entre yin et yang, les poètes chinois s’adonnent à décrire cette harmonie à travers leurs œuvres poétiques shan shui shi. Toute l’histoire picturale-calligraphique-poétique chinoise est en fait un chant à la gloire de cette harmonie suprême.



L’essence du Jing (silence-repos)
Le Jing est en fait le calme de l’univers
De la nature et des mille choses

Il est donc le silence et la sérénité de l’âme humaine

--Wang Wei


(A SUIVRE....)

mercredi 20 mars 2019

Zhang Xu le fou - 癫狂的张旭 -B

Zhang Xu : J’aime sa désinvolture 放荡不羁

Ce qui m’attire le plus chez Zhang Xu, c’est son "je-m’en-foutisme " : 
"我行我素,笑傲天下"
Grand poète, Zhang Xu était aussi un éminent calligraphe connu par son style « herbe folle galopante » :
狂草
 Il signait invariablement ses œuvres avec son nom de pinceau : 
Zhang le fou ( 张癫). 
Ce qui en dit long.
Illustrations provenant du Web


Il ne prenait jamais le pinceau avant d’avoir avalé des bols de vin jaune.

Profondément ivre, il enlevait ses vêtements, courait tout nu dans les champs tout en hurlant à tue-tête ; ou bien il se roulait comme un ver par terre dans la poussière ou dans la boue, tout en frappant des deux mains sa poitrine. Son pinceau dansait lorsqu’il accomplissait cette procédure propre à lui-même. 

Ne contrôlant plus son outil, il laissait serpenter son pinceau qui voltigeait comme un dragon prêt à cracher toute son énergie sur le papier ou le rocher.

Zhang Xu nous laissa un grand nombre de créations en « herbe folle galopante » :

Quand nous dirigeons notre regard sur ses œuvres, on se sent gagné par une extraordinaire aisance et entraîné par une exagération émouvante et extravagante qui, en un courant d’énergie, galope dans nos veines. 

On se sent aussi ivre de la beauté de son pinceau et ivre de son courant énergétique.

J’aime Zhang Xu follement extravagant mais majestueusement élégant !

mardi 12 mars 2019

Zhang Xu le fou - 癫狂的张旭 - A

J’aime Zhang Xu, calligraphe et poète vivant au 8e siècle sous la dynastie des Tang de l’Empire du Milieu. Non pas parce qu’il fut originaire, comme moi, de Suzhou, ville-jardin  à 120 kilomètres de Shanghaï, mais parce qu’il fut souvent follement ivre pour créer des poèmes et des œuvres calligraphiques toujours en « herbe folle galopante » ( 狂草)

J’aime ses observations minutieuses de la nature ( 洞察秋毫)

Né dans une famille de lettrés, à Suzhou – ville historiquement culturelle et artistique ( elle me rappelle souvent Honfleur, ou bien encore Pont-Aven ), Zhang Xu avait reçu une éducation rigoureusement traditionnelle. Dès 6 ans, il pouvait déjà réciter une centaine de poèmes connus de son époque, de plus il suivait des cours de calligraphie dispensés par un ermite lettré connu sous le pseudonyme : Vide rempli ( ,满空道人).
Quand il eut 10 ans environ, sa nature désinvolte commença à se faire sentir et à causer beaucoup de soucis à ses parents. Il ne prenait plus soin de son habit, il adorait d’abord le bon thé, ensuite le vin jaune (黄酒liqueur de riz  locale) accompagné de fèves préparées aux cinq épices parfumées (五香豆)..
Ce qui réconfortait infiniment ses parents soucieux, c’est qu’il composait des poèmes imbibés d’un profond sentiment pour la nature et pour les êtres humains. 
Malheureusement ses poèmes ont été dispersés dans l’oubli de l’Histoire, seuls six de ses poèmes sont parvenus jusqu’à nous. En voici deux :

táo huā xī
桃 花 溪

yǐn yǐn fēi qiáo géyěyān   shíjīxīpàn wèn yúchuán

隐隐飞桥隔野烟     石矶西畔问渔船

táo huājǐn rìsuíliúshuǐ   dòng zài qīng xīhéchùbiān

桃花尽日随流水     洞在清溪何处边

Le ruisseau des fleurs de pêcher

Dans une brume transparente
un pont suspendu au-dessus de la vallée déserte
A l’ouest d’un rocher sorti de l’eau
j’interroge un pêcheur assis dans son bateau
Les pétales de pêcher s’en vont au fil de la journée 
et au gré de l’eau
Sur quelle rive de ce cours d’eau éternel
pourrais-je trouver la grotte des Immortels ?

Dans un précédent post, nous avons présenté « Préface au recueil de la source des fleurs de pêcher » de Tao Yuanming. Les chercheurs disent que le lieu idéal décrit par Tao fut une source d’inspiration pour Zhang Xu lorsqu’il écrivait ce poème. En effet nous pouvons comparer les deux descriptions presque identiques, toutes deux propices à la méditation et à la fermentation poétique.


shān  zhōng  liǔ  kè
山   中  留  客

shān guāng wùtài nóng chūn huīmòwèi qīng yīn biàn nǐgui

山光物态弄春晖     莫为轻阴便拟归

zòng shǐqǐng  mǐng wǔyǔsè rùyún shēn chùyìzhan yì

纵使晴明无雨色     入云深处亦沾衣

Retenir un ami dans la montagne

Dans la montagne transparente
La nature joue avec la lumière printanière
Ne la quittez pas précipitamment
A cause d’un petit nuage au loin
Même si le ciel est dégagé
Sans la moindre menace de pluie
Vos vêtements seront mouillés
Une fois au fond des nuées


A travers ce poème qui invite à rester dans ce lieu au fond des nuages, nous voyons clairement l’observation perspicace de la nature que nous offre l’auteur.

lundi 25 février 2019

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE - 2


Olivier R : Récemment j’ai lu une traduction française de « Source des fleurs de pêchers » de Tao Yuan ming. J’aimerais savoir pourquoi ce texte est si important.


Shi Bo : : Il est important pour plusieurs raisons. D’abord, parce que son auteur est Tao Yuan-ming, qui occupe une place éminemment importante dans l’histoire de la littérature, notamment en poésie Montagnes-Eaux, il incarne la culture Montagnes-Eaux  (philosophie Montagnes-Eaux, peinture Montagnes-Eaux, calligraphie Montagnes-Eaux et poésie Montagnes-Eaux ); ensuite parce que ce texte est considéré comme jumeau de celui de Wang Xizhi, « Préface du pavillon d’orchidée ». Enfin parce que ce texte a initié des générations de lettrés chinois à l’esprit taoïste de vie champêtre dont les aspirations sont paix, sérénité, sans souci matériel…

Olivier R : Est-ce que Tao Yuan-ming avait rencontré Wang Xizhi ?

Shi Bo : Non. Effectivement ils vivaient à la même époque de la dynastie des Jin, tous deux commencèrent leur vie active dans les services d’état, mais ils abandonnèrent rapidement leur poste pour s’enfoncer dans la campagne à la recherche de la paix et de la tranquillité, cultivant les champs et se nourrissant de leurs produits.

Olivier R : Quelle est la valeur littéraire de ce texte de Tao Yuan-ming ?

SHI Bo : Il est considéré comme une bible de la philosophie taoïste. Dans tous les monastères taoïstes et chez tous les ermites de Tao on peut trouver au mur de la salle de méditation ce texte bien calligraphié et marouflé. Il constitue la source même de l’ancienne  poésie chinoise.
Ce texte est une légende illustrant la belle image d’un monde idéal.

Olivier R : Voudriez-vous parler de la signification actuelle que pourrait avoir cet ancien texte ?

Shi Bo : Je vais essayer. Sachez que sous la dynastie des Jin, la société était rongée par la corruption, et secouée par des troubles incessants. Très mécontent et soucieux de cet état social, Tao Yuan-ming aspirait à un monde paisible où hommes, femmes et enfants vivraient heureux et gais, auraient de quoi manger et se vêtir. C’est pourquoi il avait imaginé  ce lieu isolé où régnaient paix et joie. Aujourd’hui, nous vivons une époque de grands bouleversements, la paix est partout menacée, la vie n’est pas facile, on cherche comme Tao Yuan-ming un lieu idéal pour vivre en paix. Donc ce texte peut nous y aider.

Olivier R : Il existe plusieurs traductions françaises de ce fameux texte. Est-ce que vous avez votre traduction ?

Shi Bo : Effectivement oui. J’aime traduire des poèmes et de beaux textes chinois en français. C’est une procédure qui me permet de me perfectionner en français.

Olivier R : Avez-vous calligraphié ce texte ?

Shi Bo : Bien sûr. J’en ai fait plusieurs copies sur un très beau papier doré.

Olivier R : Peut-on en acquérir un exemplaire ?

Shi Bo : Cela me fera grand plaisir.

mardi 19 février 2019

LE DRAME DE YU XUANJI, POETESSE DE LA DYNASTIE DES TANG - 唐代女诗人鱼玄机的悲剧 - 3


Suite et fin  - Les posts précédents concernant cette poétesse sont datés  du  16/01/2019 - et du 26/01/2019)

Dans la longue attente du retour de son amant, elle perdait le sommeil, se consolant en écrivant de nombreux poèmes dont l’un très touchant :


鶯語驚殘夢
輕妝改淚容
竹陰初月薄
江靜晚煙濃
濕觜銜泥燕
香須採蕊蜂
獨憐無限思
吟罷亞枝松



Le chant des loriots perturbe mon rêve
En vêtement léger j’essuie mes larmes
Derrière les bambous le croissant de lune sombre
Silence sur le fleuve brumeux au crépuscule
Les hirondelles reviennent avec de la boue sur le bec
Les abeilles apportent le parfum des fleurs
Seule je sombre dans une méditation mélancolique
Je m’appuie sur un petit pin en fredonnant un air

Yu Xuanji, victime des violences de la première femme de son ex-mari, retourna sa malchance contre sa servante avec une telle cruauté qu’elle fut exécutée par un juge particulièrement sévère. Elle avait alors à peine 27 ans.
Ses amis réussirent à rassembler une très petite partie de ses nombreux poèmes. Le recueil que nous possédons aujourd’hui compte en tout et pour tout quarante-huit poèmes qui illustrent bien sa vie mouvementée et pleine de déceptions.


lundi 11 février 2019

A PROPOS DES SENTENCES PARALLÈLES - ( dui lian ) 话说对联


对联

Les ( dui lian, sentences parallèles)  sont abondamment utilisées par les Chinois à partir du Nouvel An lunaire jusqu’à la Fête des Lanternes (15e jours du premier mois lunaire) pour  créer une ambiance joyeuse.

对联 est composée de deux sentences rythmées en vers poétiques  appelés上联 (sentence droite) et 下联(sentence gauche) : ces deux sentences  se répondent parfaitement en rythme et en nombre de mots. 

On y trouve encore un titre 横批 qui chapeaute les deux sentences.




Le 26 janvier, j’ai composé ma对联 pour mon modeste  nid parisien, voici ces deux sentences

Sentence droite 


上联: 院深巢淺好自在
( La cour profonde, mon nid petit,  je m’y sens bien à l’aise )
Sentence gauche

下联 墨濃筆健舞瘋狂
(L’encre épaisse, mon pinceau robuste, je danse à la folie)
Titre 

                 横批。笑度光陰

( je passe mon temps dans un sourire )

J’ai envoyé cette对联 à mon fils à Pékin. Cinq minutes après je reçois déjà sa réponse :
Cher Papa,
Ta 对联 est bien composée ! Je me permets d’y répondre par ma 对联  !
Il a écrit ceci :

上联: 花都老叟舞文弄墨
( Dans la capitale fleurie (Paris) le vieux lettré danse allègrement avec des mots et de l’encre )
下联;京城少爺開疆闢土

( Dans la capitale impériale (Pékin) le jeune maître s’attèle à défricher de nouvelles affaires )


横批: 父子同心 
(Père et fils à l’unisson de cœur )
Cette 对联 de mon fils est bien rythmée et délicieusement poétique, elle reflète bien son talent littéraire,  j’en suis ravi et fier.
Mon fils m’a promis de calligraphier lui-même cette 对联 et de l’apposer sur sa porte d’entrée pour marquer le Nouvel An chinois et son amour pour son père.
Moi aussi, j’ai calligraphié ma 对联 que j’ai affichée sur la porte de mon petit nid.

dimanche 3 février 2019

NOUVEL AN CHINOIS : DES IDEES......

Voici deux propositions,  de cartes de voeux pour l'année du cochon de terre 


风调 雨 顺

"Le vent favorable, la pluie propice "
Signifie que les circonstances sont favorables aux êtres humains 

猪年好運
"L’an du Cochon apporte de bonnes chances"