Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
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dimanche 10 avril 2022

A PROPOS DE LA LIAISON CALLIGRAPHIQUE - suite et fin de l'article.

 ......Suite du post précédent.

...Ensuite, la liaison est naturelle, spontanée. Cela veut dire que quand le calligraphe ne sent pas à l’aise avec le mouvement du pinceau, il ne faut pas s’y aventurer. Les grands maîtres  pratiquent cette liaison lorsque leur émotion monte au point que le pinceau ne peut plus s’arrêter entre certains traits et certains mots. C’est donc le résultat d’une émotion montée à un certain degré dans le corps du calligraphe et dans le pinceau. Cela s’appelle bi sui qing ( 笔随情 ) « le pinceau suit le sentiment ».


笔随情




De plus, la liaison ne doit pas nuire au trait qui la précède. J’insiste sur cela parce que je constate dans les copies d’exercices de mes élèves que ce dernier trait est souvent négligé, grignoté, donc boîteux, car l’auteur anticipe trop pour faire rapidement la liaison.

 

Enfin, il ne faut pas exagérer la liaison. Cela veut dire concrètement qu’on peut lier trois mots sans les couper, très rarement au-delà de quatre mots liés d’un seul trait. Le plus grand maître historique du caoshu Huai Su se limitait à lier  trois mots tout au plus.

 怀素 

                                                                             Huai Su

 Pourquoi ? Parce qu’il faut offrir aux lecteurs une occasion de respirer !


Si l’on respecte ces principes élémentaires, la liaison, élégante et fluide, peut rendre l’œuvre calligraphique très limpide et même lyrique. Il s’agit là d’une  haute beauté esthétique. 

Cette beauté est au bout du pinceau studieux.

 

 

 

 

 

jeudi 31 mars 2022

A PROPOS DE LA LIAISON CALLIGRAPHIQUE

 关于书法中的连笔 

    Dans  mon enseignement calligraphique, j’ai plusieurs élèves qui ont dépassé 15 ans d’apprentissage avec moi, ils sont tous dans le cursus du caoshu :


 草书     

    Caoshu signifie que les traits sont beaucoup plus libres dans leur mouvement, et l’harmonie entre les traits et les mots, l’énergie qui circule dans les mots exige une excellente fluidité. 

    Pour atteindre ce haut niveau de beauté, les calligraphes aiment lier deux ou trois mots sans les couper, cela s’appelle en chinois « lianbi » :


 连笔  

 



Mes amis-élèves adorent faire ce lianbi et s’efforcent de lier fréquemment des mots dans leur exercice, ne sachant pas qu’il faut respecter quelques principes régissant cette procédure calligraphique très difficile. 

Je présente ici quelques règles principales reconnues et appliquées par nos anciens maîtres de calligraphie.

Tout d’abord, la liaison est nécessaire dans la calligraphie en caoshu. Car le caoshu exige la continuité fluide des traits et des mots. Cette nécessité vient s’exprimer au bout du pinceau :


« forcément et puissamment »  

  强劲地 



  

Si l’auteur ne sent pas cette nécessité, il vaut mieux éviter de faire cette liaison. Sinon, elle sera maladroite et mal à propos....     

 (A suivre......)

dimanche 3 mai 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 8 - FIN.

Serrement et relâchement
Elisabeth B. : Vous me parlez souvent du couple d’oppositions « serrement et relâchement », pouvez-vous développer cette conception qui me paraît importante dans la calligraphie ?

Serrement et relachement 緊和松
Shi Bo : Volontiers. L’harmonie d’une œuvre calligraphique entre le serrement et le relâchement 緊和松 des traits me paraît primordiale. Si tous les traits d’une calligraphie sont serrés, l’oeuvre sera trop musclée, trop rigide, trop étriquée, donc démunie de mouvement gracieux, alors que si tous les traits d’une calligraphie sont trop relâchés et trop expansifs, l’œuvre sera obèse, encombrante et très fade. D’où ma conception : tous les idéogrammes calligraphiés doivent être compacts, avec quelques traits en expansion à bonne dose. Ainsi l’œuvre sera délicieuse pour les regards experts et attentifs.
On a tendance à croire que plus les traits embrassent d’espace vide, plus l’œuvre calligraphique semble à l’aise. Bien au contraire, trop de vide blanc dans une telle œuvre perd la possibilité  de vibration du mouvement des traits, car le trop blanc laisse le néant tout avaler et tout engloutir. Résultat : l’oeuvre n’arrive plus à envoyer des vibrations esthétiques au regard. 

Le rôle des points 
le mot "vague" 


SHI  Bo : A propos des vibrations calligraphiques, j’aimerais attirer ton attention sur le rôle des points. Tu sais que dans la composition des idéogrammes chinois il existe plusieurs formes de points, par exemple « points en couple » , « trois points d’eau » 三点水, « deux points en forme de deux jambes » qui soutiennent toute la structure, et « quatre points du feu », etc. Sur le plan esthétique, ces points bien réalisés peuvent offrir beaucoup de mouvement et d’ondulations , donc beaucoup de beauté à l’œuvre calligraphique et par conséquent faire vibrer la corde émotionnelle. 

三点水
Quand on regarde un tableau dans son ensemble, les points sautillent comme des gouttes d’eau tombées sur la surface du lac, comme des vagues ondulantes, comme un petit ruisseau qui coule tranquillement…
Elisabeth B. : Depuis longtemps j’ai remarqué que vos différents points sont très étudiés et nuancés, donc très gracieux et émouvants. J’ai beaucoup admiré votre rouleau du poème « Le ruisseau des fleurs de pêcher »《桃花溪》

桃花溪
 de Zhang Xu où partout les idéogrammes ondulent grâce aux différents points qui dansent  harmonieusement.

Shi Bo : Je me rappelle qu’ au début de chaque cours mon maître Xia m’avait fait travailler les points, en grand format comme en petit. De temps en temps, fort ému, il m’invitait à faire danser mon pinceau avec le sien pour calligraphier des points. Il répétait souvent que les points devaient être gracieux, vifs et doux. Cette conception me guide toujours dans mon exercice de perfection.
Elisabeth B. : Vous êtes spécialiste de l’art des points !
"éclat de rire"

Shi Bo : Comme nous l’avons dit dès le début, comment bien calligraphier est un important et vaste sujet. Aujourd’hui nous avons abordé l’essentiel, on pourra en parler une autre fois.
Elisabeth B : Avec grand plaisir ! Merci beaucoup !

mardi 21 avril 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 8 - (SUITE)

Elisabeth B. : Comment les calligraphes chinois préparent-ils cette émotion "fermentée à point" ?

SHI Bo : Chez nos anciens, aussi bien Wang Xizhi, Wang Wei, Tao Yuanming, Li Bai que Du Fu, Huai Su et Zhao Mengfu, le vin leur servait de ferment idéal !

A notre époque le bon thé remplace le plus souvent le vin. Quant à moi, avant de me lancer, je bois toujours plusieurs tasses de thé chaud dans le silence ; le thé chaud et le silence m’aident à trouver l’intuition et la bonne émotion esthétique.

Elisabeth B. : Je vous comprends parfaitement. D’ailleurs mon professeur de peinture dit souvent comme vous.

SHI Bo : Concrètement parlant, le premier critère de la beauté de l’œuvre calligraphique est de voir si la création est animée d’émotion (3). Regardant une belle œuvre  avec recul, on peut sentir si elle diffuse ou transmet une forte sensation heureuse, plaisante ou apaisante. A ce moment-là on peut dire qu’elle est réussie.

Elisabeth B. : vous m’avez souvent dit cela. Mais comment peut-on atteindre ce niveau ?

La Beauté réside dans le mouvement !

SHI Bo : On peut atteindre ce niveau à travers de nombreux exercices sur la disposition de chaque trait et de chaque mot. Cela veut dire que l’expérience joue un rôle important . Plus ton pinceau est "âgé", mieux est cette disposition ! Par exemple lorsque tu traces un trait allongé avec exagération, ou bien un mot tout petit aux traits très fins ; tout cela est certes technique, mais ce procédé demande une ingénieuse conception calligraphique et aide beaucoup à donner à l’œuvre du mouvement, de  l’énergie et de l’élégance.
Elisabeth B. : C’est ce que vous  dites souvent : la beauté réside dans le mouvement 
 美出于动 



SHI Bo : Tout à fait.

Et puis, la philosophie chinoise exige qu’une belle œuvre calligraphique soit absolument  harmonieuse à tous points de vue : harmonie entre le noir de l’encre et le blanc du papier, entre les lignes elles-mêmes, entre le début et la fin, entre le haut et le bas, et surtout entre le mouvement et la stabilité des traits. Cette dernière harmonie est un grand sujet qui mérite un peu de développement.

Elisabeth B. : Je vous en prie.

SHI Bo : Les traits qui peuvent donner l’impression du mouvement sont des  tracés tantôt vigoureux et épais, tantôt fins mais très sûrs. L’auteur les alterne savamment dans une même œuvre, sur une même colonne de mots, et  surtout dans le même idéogramme ; cela éblouit le regard, on sent donc beaucoup de vibration dans l’art calligraphique, car cette alternance est riche en mouvements esthétiques. 

Accordons maintenant un moment à ce phénomène technique dit en chinois feibai 飛白qui est abondamment et ingénieusement utilisé par nos grands maîtres de calligraphie. Je traduis ce concept feibai en français par :
« voltigement du blanc ». 
Lorsqu’on dose bien la quantité d’encre retenue par les poils du pinceau, on peut réaliser de splendides voltigements du blanc dans l’encre noire posée sur le papier de riz. 
    
飛白

Le mouvement calligraphique ainsi réalisé offre alors une très grande beauté, qui émeut et qui vibre forcément sur la corde émotionnelle du spectateur. 

Cette vibration heureuse est vraiment très recherchée et particulièrement appréciée par les experts de calligraphie. 

On apprend cette technique dans l'exercice d'une pratique inlassablement répétée. 

"Paris ne s’est pas bâti en un seul jour !"
                                

                              (à suivre...)

mardi 14 avril 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE - 8

Comment bien calligraphier ?

怎样書法得美


Elisabeth B. : Bonjour Cher Professeur, je vais bientôt finir mon cursus de perfection ! Mes cours s’accélèrent sensiblement, cela m’aide énormément. Une question me tient à cœur : est-ce qu’il y a des règles ou quelques procédés pour “faire jolie la calligraphie ?”

SHI Bo : Oui, chaque chose a ses règles et « faire la belle calligraphie » ne fait pas exception. En fait, durant tant d’années de cours avec moi, tu as déjà appris et maîtrisé certaines règles de beauté calligraphique car je t’en ai parlé occasionnellement  tout au long de nos cours, par exemple : l’harmonie qui est un large sujet déterminant pour la beauté de l’œuvre.

Elisabeth B. : Certainement, l’harmonie entre les idéogrammes, entre le yin et le yang, entre traits charnus et traits légers…



Emotion mijotée “au bon point”
SHI Bo : Aujourd’hui, nous pouvons en parler de façon générale et un peu théorique. Je voudrais commencer par l’esprit qui est maître du pinceau. Je veux dire par là que la beauté de l’œuvre vient d’abord de la beauté de l’esprit de l’auteur. En termes concrets, l’état de l’esprit de l’auteur est décisif quant à la beauté de l’œuvre qu’il crée.
D’abord, “la beauté de l’esprit” signifie que l’esprit est "dans son meilleur état" . 
Tu sais que la création calligraphique est une expression artistique de l’émotion heureuse de l’artiste. Si cette émotion est bien mijotée jusqu’au bon point, le pinceau suivra mieux l’esprit. 
En chinois, on dit que 'l’esprit est ému à point'  :

心意到位. 


Mon Maître Xia me répétait souvent : "Si ton émotion n’est pas au point, il ne faut jamais forcer ton pinceau à danser".

C’est pourquoi avant de prendre le pinceau pour le faire danser sur le papier de riz, il faut préparer l’émotion qui monte et s’harmonise jusqu’à tel point qu’on se sente gagné d’une grande envie de commencer “la danse du pinceau à l’encre”. On éprouve alors un immense plaisir à calligraphier .

Si un jour tu n’es pas “dans ton assiette”, la sensibilité, l’inspiration et l’émotion seront “à plat” : alors il ne faut pas forcer ton pinceau à travailler.
Ensuite, l’état de l’esprit au bon point signifie aussi la sérénité : on se sent en harmonie  avec l’ambiance et avec soi-même. C’est la bonne condition de la belle création artistique. Quand on est serein, le pinceau l’est aussi , la communion, l’unisson, s’en suivent naturellement .... (à suivre)

lundi 10 février 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 8 - DONNER DES COURS DE CALLIGRAPHIE CHINOISE - suite et fin

... Thierry B : Oh là ! C’est très cérémonieux et solennel ! Et actuellement est-ce que cette cérémonie perdure en Chine ?

SHI Bo : Non, on n’organise plus cette cérémonie. Mais à ma connaissance, cela existe encore en privé : certains parents veulent que leurs progénitures deviennent de bons calligraphes ou de bon peintres, et ils organisent encore dans le privé ce cérémonial pour donner d’une part plus de responsabilité aux maîtres invités, et d’autre part plus d’encouragement aux enfants.
Thierry B : Je comprends. La cérémonie est solennelle, le professeur se doit d’être très sérieux dans la transmission de ses savoirs.

SHI Bo : Exactement ! Mon Maître Xia était à la fois sérieux et très gentil avec moi. Bien patient et très compétent, il m’expliquait en détail les relations entre le noir (encre) et le blanc (papier), entre le mouvement du pinceau et la respiration ; entre la présence de l’esprit dans le pinceau et le relâchement de pensée dans le vide etc… Il répétait inlassablement des traits tantôt sur le papier tantôt dans le vide.

Thierry B : Tu as eu la chance d’avoir un si grand maître !

SHI Bo : En effet ! J’ai eu cette grande chance, Monsieur Xia était grand ami de mon père, et il reste mon grand maître que je respecte toujours 
尊師
Maitre vénéré



Thierry B : Monsieur Xia était un grand artiste, il pouvait dispenser des cours, mais nous autres Français connaissons à peine notre pinceau ! Nous ne méritons pas la confiance de nos élèves….

SHI Bo : Mais si ! A condition qu’on reste toujours modeste et sérieux dans la transmission. Lorsqu’on commence à donner des cours, on se doit de travailler avec un grand sens des responsabilités.
Beaucoup de mes élèves animent des cours de calligraphie en France comme dans d’autres pays en Europe. Je les encourage et je suis fier d’eux.
                               
Thierry B : Je remarque qu’ en France des associations invitent des étudiants chinois à donner des cours. Je pense que c’est une bonne voie à suivre.

SHI Bo : Tous les Chinois ne sont pas calligraphes, ils savent tous écrire le chinois, mais ils ne sont pas forcément tous bons en calligraphie. 

Thierry B : Est-ce qu’on peut créer son programme de cours de calligraphie en liant le pinceau avec Qi-Gong et Tai-Ji ?

SHI Bo : Je ne connais pas bien ces deux sports assez  répandus en Chine et aussi en France. Je ne suis pas contre les idées créatrices. Tu es maître du Qi-Gong, tu es mieux placé que moi pour savoir si on peut organiser des cours combinant Qi et Pinceau 
气和笔书法课
Qi et pinceau : cours de calligraphie

Thierry B : Je vais y réfléchir.

SHI Bo : Tu as appris la calligraphie depuis des années, tu peux donner des cours calligraphiques de base. J’espère que tu travailleras consciencieusement avec tes élèves.

Thierry B :  Bien sûr que oui. Merci beaucoup !.


lundi 3 février 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 8 - DONNER DES COURS DE CALLIGRAPHIE CHINOISE

上書法課
Au début de décembre, Paris était en grève. J’ai donc eu des jours tranquilles car les transports en commun étant «  en panne », mes cours furent naturellement annulés ; ainsi ai-je pu inviter des amis à venir dans mon nid savourer un bon thé et bavarder. Mon ami Thierry B est venu chez moi à trottinette, nous avons parlé des cours de calligraphie à enseigner.

Thierry B : Mon association de Qi-Gong possède dans la banlieue une grande salle où je donne des cours de Qi-Gong et Tai-Ji. Les participants sont nombreux. Plusieurs d’entre eux me demandent d’organiser des cours de calligraphie chinoise, j’hésite beaucoup. Crois-tu que j’en sois capable ?

SHI Bo : Beaucoup d’amis me posent cette question ; je leur réponds toujours positivement. A mon avis, si dans un domaine tu possèdes des connaissances, tu peux toujours donner des cours à ceux qui ignorent ce domaine. Le sage Confucius dit : 
先 者 为 师 

ce qui veut dire que « celui qui te précède dans quelque domaine peut te servir de guide ».

Thierry B : Je pense que donner des cours est une affaire solennelle, le professeur - ou le guide - doit être excellent dans le domaine dont il s’agit.

SHI Bo : Tu as raison, cela me rappelle la cérémonie organisée par mes parents quand mon Maître Xia m’a accepté pour élève : un jour très froid en hiver à Shanghaï quand j’avais 5 ans, mon père mit une table dans la cour où ma mère disposa plusieurs plateaux remplis de fruits et un brûle-parfum flanqué de quatre grosses bougies rouges déjà allumées. Sur le sol en bas de la table, ma grand-mère posa un épais coussin rouge en murmurant : « pour protéger les genoux de mon petit. ». 
A ce moment-là, mon père appela vers le salon : « Maître Xia, tout est prêt ! » Alors du salon sortit Monsieur Xia que je connaissais car il venait souvent siroter un thé avec mon père. D’ordinaire, je l’appelais :

夏 先 生
Monsieur Xia.  

Mais quand il se plaça devant la table, mon père me dit : « Agenouille-toi sur le coussin rouge et prie  Maître Xia de te prendre comme élève de calligraphie ! »
J’ai exécuté scrupuleusement son commandement et énoncé à haute voix « Maître Xia, voulez-vous me prendre pour élève ? »
Avec un grand sourire discret Monsieur Xia me releva du coussin tout en m’affirmant avec beaucoup de sympathie : « Volontiers mon petit ! Désormais tu es mon petit disciple. Je ferai de mon mieux pour te guider sur le long chemin de calligraphie. »

漫 漫 書 法 路


Emu aux larmes, je me jetai dans ses bras. . .     
(A suivre)

vendredi 1 novembre 2019

DIALOGUES CALLIGRAPHIQUES -7- (Suite)

Catherine V : Comment évaluez-vous le prix de vos œuvres calligraphiques ?

Shi Bo : Depuis ma jeunesse, j’en ai pas mal vendu. Quand j’étais au lycée à Shanghai, c’était toujours le galeriste qui fixait le prix. Je crois avoir été bien gâté par lui, car le prix qu’il donnait dépassait souvent ce que j’attendais.
Et puis je suis allé à l’université à Pékin. Pendant 5 ans, j’ai pu participer à une seule exposition : « Les 5 jeunes calligraphes shanghaïens à Kyoto ». Mes six œuvres présentées ont été toutes vendues, à prix très fort. Les Japonais aiment beaucoup la calligraphie.
Ensuite, les années de la Révolutions Culturelle de Mao m’ont privé de toute activité calligraphique jusqu’à mon départ pour la France. Pendant cette longue période, j’ai reçu de temps en temps des Shanghaïens et des Hongkongais, qui étaient mes anciens amateurs. Je leur vendais des œuvres à prix d'ami  ( 友情價 )


 ( 友情價 ).

Catherine V : Et en France, comment fixez-vous  le prix de vos œuvres ?

ShI Bo : Il faut dire que j’ai ma conception de la valeur des œuvres d’art. Selon moi, cette valeur n’existe que quand l’œuvre est vendue. J’ai beaucoup de créations calligraphiques dans mon « nid » parisien.  Tant qu’elles dorment tranquillement sur mes étagères, elles n’ont aucune valeur. Mais les fêtes de fin d’année vont arriver, je recevrai des acquéreurs qui voudront acheter ma calligraphie. En général, je leur vends mes œuvres à un prix préférentiel qui représente tout au plus la moitié du prix que j’estime.

Catherine V : Pourquoi seulement la moitié du prix réel ?

Shi Bo : En France, on ne connaît pas bien l’art de la calligraphie chinoise, encore moins sa valeur esthétique. Si je vendais au prix que je pratique en Chine et à Hong Kong, je ne trouverais aucun acquéreur. 

Catherine V : Je vous comprends parfaitement. 

Shi Bo : Pourtant je ne me sens pas frustré, car je pense toujours que la valeur de mes œuvres commence à exister quand la vente est réalisée : son prix, accepté par moi et l’acquéreur, est sa juste valeur.

Catherine V : Merci pour toute cette explication qui m’instruit beaucoup ( 獲益匪淺 ).

獲益匪淺













samedi 26 octobre 2019

DIALOGUES CALLIGRAPHIQUES - 7 -


艺术品的价值
A propos de la valeur
des œuvres calligraphiques chinoises



Dernièrement j’ai eu une conversation intéressante avec Catherine V sur la valeur en galerie des œuvres calligraphiques chinoises.

Catherine V : Récemment j’ai vu sur Internet une nouvelle notion : artiste côté. Qu’est-ce que cela veut dire selon vous ?

SHI Bo : Artiste coté ? En fait cela ne veut pas dire grand chose. Quand un commissaire priseur donne une estimation de la valeur d’ une œuvre, l’auteur de celle-ci est donc coté. 

Catherine V : Aussi simple que ça ! Mais sur quelle base ou selon quel critère
 ( 標準 ) le commissaire évalue-t-il la valeur des oeuvres calligraphiques ?
 
標準 
Shi Bo : Objectivement le critère est régi par le cours des œuvres sur les marchés d’art, mais le penchant personnel joue un rôle important dans l’évaluation. En Chine, si le commissaire aime un calligraphe, il a tendance à surévaluer ses créations dont le prix est par conséquent plus élevé.

Catherine V : Et selon vous qui êtes spécialiste de l’art de la calligraphie chinoise, quelle est la vraie valeur d’une œuvre calligraphique ?

Shi Bo : D’abord je voudrais vous parler de comment, en Chine, on évalue et donne le prix d’une œuvre calligraphique. De façon générale on procède des deux façons suivantes :
1. Pour les calligraphes nationalement connus, on vend leurs créations aux enchères, le prix est variable suivant l’enthousiasme des acheteurs présents dans la salle de vente. Il peut monter très haut. Mais avant la vente, le commissaire propose un prix de base aux enchères. Ce prix de base est calculé d’une part suivant la renommée de l’artiste et d’autre part suivant les centimètres carrés du tableau.
2. En ce qui concerne les œuvres des calligraphes peu connus, le commissaire évalue subjectivement leur valeur uniquement suivant la superficie (en centimètres carrés 平方厘米 ). Ce prix est en général bien modeste, car les calligraphes débutant à peine dans ce domaine, les acheteurs sont peu nombreux.


Catherine V : Cette façon de procéder est vraiment spécifique pour les Occidentaux. J’aimerais vous poser une question qui vous concerne.

Shi Bo : Je vous en prie.
(À suivre...)