Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
L'administratrice : Sérénité'art

dimanche 13 juin 2021

DIX FEMMES CALLIGRAPHES DANS L'HISTOIRE CHINOISE (suite) 中国古代十大女书法家 (5)


朱淑真

Zhu Shuzhen ( 1135 ? – 1180 ? )


... alias Ermite Youxi ( Ermite solitaire ), importante poétesse et calligraphe  de la dynastie des Song du sud (1127 – 1279 ). 

Mariée de force par ses parents à un fonctionnaire local, elle fut dégoûtée par la médiocrité culturelle de son mari ; elle se plongeait toute la journée dans la poésie et dans la calligraphie pour exprimer sa détresse et sa déception sentimentale. Finalement, elle se suicida en se jetant dans une rivière. 

Furieux, ses parents brûlèrent ses œuvres poétiques et calligraphiques, ce qui explique que nous ne puissions montrer ici la moindre trace de son pinceau.

Mais dans les annales historiques, on trouve beaucoup d’éloges sur sa calligraphie, déclarant qu’elle est : 

--douce comme une prairie fleurie au printemps

--fluide comme un ruisseau ombragé de saules pleureurs

--réservée comme des roses à peine écloses

--mouvementée comme des roseaux qui s’agitent en tous sens

--harmonieuse comme des vagues ondulant sur la surface d’un lac paisible …


Mes lecteurs pourront aussi lire quelques-uns de ses poèmes que j’ai publiés dans mon livre « Femmes poètes de la Chine » pages 143-144.

Page 143 :

J'entends une flûte

D'où me vient cet air léger joué à la flûte ?
Il réveille mon désir charnel
Attristée par ma solitude
Je ne supporte plus cette musique
Elle n'est pourtant pas mélancolique.

Autre poème page 144 :
(Cliquer sur les images pour les agrandir)


管道升


Guan Daosheng : 

     Appelée par les experts calligraphiques « Impératrice de la calligraphie », fut active sous la dynastie des Yuan mongol (1206 – 1368). 

Elle excella dans plusieurs domaines culturels : peinture, calligraphie, poésie. 

Elle épousa le plus grand calligraphe de l’époque qui s’appelait Zhao Mengfu 赵孟頫 . Les spécialistes chinois disent que sa calligraphie dont les traits sont gracieux et joliment allongés n’a rien à voir avec celle de son mari.


Regardons maintenant ci-dessous, une de ses œuvres :  elle montre bien la fluidité et l’élégance de ses traits, notamment ses traits brisés.



Son fils Zhao Yong 赵雍 fut aussi un important calligraphe de l’époque des Mongols.


 L’empereur Ren Zong fit maroufler des œuvres calligraphiques de ce couple et du fils sur un seul rouleau en soie, déclarant : 


    « J’aimerais qu’on sache que ma dynastie possède un trésor regroupant les belles œuvres du père, de la mère et du fils de la même famille.     

        C’est vraiment une affaire extraordinaire ! »


samedi 5 juin 2021

DIX FEMMES CALLIGRAPHES DANS L'HISTOIRE CHINOISE (suite) 中国古代十大女书法家 (4)

 武则天

    Wu Zetian ( 624 – 705 )

L’unique femme empereur dans l’histoire chinoise, mourut à l’âge de 82 ans, ce qui est très rare pour les empereurs qui avaient souvent une vie assez brève. Elle resta sur le trône pendant 14 ans.

    Selon les annales historiques, Wu Zetian était une femme extrêmement intelligente et habile. Née dans une famille pauvre, elle fut convoquée à 14 ans à la cour impériale grâce à sa beauté exceptionnelle. Elle apprit à lire et à écrire dans le palais où elle rencontra le grand calligraphe Sha Qiubing qui donnait des cours de calligraphie aux enfants du monarque. Wu Zetian regardait travailler les enfants et dans la nuit elle répétait les gestes du maître. C’est ainsi qu’elle apprit la calligraphie.

    Wu Zetian adorait faire le caoshu (herbe folle), notamment le caoshu extravagant  avec « feibai » 飞白狂草 (les traits vigoureusement secs ).

    On sait que ce genre de caoshu est parmi les plus difficiles à réaliser, mais il dégage une beauté noble et vivifiante 遒劲que les experts calligraphes appellent « élégance sentimentaliste » 婉约美 . 

    Plus tard, par de multiples et habiles intrigues, elle parvint à monter sur le trône de la dynastie des Tang. 

    Cette femme empereur organisait de temps en temps dans la salle du trône des séances de calligraphie de caoshu extravagant où étaient convoqués les grands mandarins. Un jour, ivre du parfum de son encre spécialement odorante, elle prit un gros pinceau et improvisa le nom d’un ministre préféré sur un papier rouge moucheté de feuille d’or. Sous le chœur d’éloges de tous les ministres présents qui s’inclinaient en marmonant ensemble : « Vive, vive, vive l’empereur Sainte-mère » . Elle offrit son œuvre ainsi calligraphiée au ministre chanceux !



Maintenant, regardons cette illustration, estampe d’une de ses œuvres gravées sur pierre. On y voit les traits galopants comme l’eau qui  coule dans un ruisseau ou comme des fleurs qui dansent harmonieusement sous un vent doux. Mais comme cette estampe reproduit une œuvre gravée sur pierre, il est impossible aux graveurs de produire l’effet des traits secs avec « feibai » 飞白狂草. Dommage !


杨妹子


Yang Meizi

Elle vécut sous le règne de l’empereur Ningzong de la Dynastie des Song (960 – 1279). Cet empereur resta sur le trône de 1195 à 1208, pendant 13 ans. 

Les documents historiques que l’on trouve actuellement en Chine nous donnent deux versions sur l’identité de Yang Meizi : l’une considère que Yang Meizi était l’impératrice de l’empire, la première épouse du monarque Ningzong ; l’autre dit qu’elle était en fait la petite sœur de l’impératrice. 

Eduquée dès l’enfance par un grand maître de peinture-calligraphie, Yang Meizi maîtrisa surtout le kaishu appelé « vagues entre les roseaux » 苇间澜 qui est en fait un style entre kaishu et xingshu. Sa calligraphie cumule l’esthétique de la régularité du kaishu et l’élégance du mouvement fluide du xingshu. Savourons ensemble le plaisir qui nous est offert par l’illustration  .


Quand on pose le regard sur ces 4 lignes de mots, on sent immédiatement la luminosité des traits bien en place et la simplicité des idéogrammes savamment structurés. L’ensemble dégage une sérénité qui apaise tout de suite les lecteurs. Quel régal divin !

Le critique calligraphe Jiang Shao 姜绍 de la dynastie des Qing nota ainsi  à propos de l’esthétique de la calligraphie de Yang Meizi : « Ses idéogrammes joliment disposés sur le papier me paraissent comme de belles dames habillées d’élégantes robes en soie. J’apprécie notamment ses traits pie (traits courbes à gauche ) et na (traits courbes à droite ) qui me rappellent les beaux et gracieux rubans en soie des robes chinoises fendues des deux côtés. »

Effectivement quand on fixe le regard sur ces quatre colonnes, l’élégance des pie et na des mots saute aux yeux, par exemple, dans l’avant-dernier mot de la troisième colonne (froid) sa partie droite est chapeautée  par ces deux magnifiques traits pie et na comme par deux légers rubans de soie soulevés par le vent. C’est vraiment plaisant !

(à suivre...)

samedi 22 mai 2021

Dix femmes calligraphes dans l’histoire chinoise (suite) 中国古代十大女书法家 (3)

 薛涛 

Xue Tao ( 768 ? – 831 ? )  



 La poétesse légendaire de la dynastie des Tang ( 618 – 907 ), est née dans une famille de grands mandarins. Son père était un illustre poète et un excellent calligraphe qui était très influant dans la capitale de l’empire. 

 Dès son enfance, Xue Tao reçut une éducation rigoureuse et complète : poésie, calligraphie, peinture , musique et antiquité. Elle excella dans tous ces domaines. Sur le plan de sa calligraphie, les experts contemporains apprécient unanimement l’élégance de ses traits très fluides et la respiration entre les mots et aiment dire qu’elle était influencée par l’important calligraphe de l’époque, Yuan Zhen 元稹 dont elle tomba amoureuse pendant quelques temps.


(cliquez sur les 'images pour les agrandir)
     L’illustration ci-dessus ne nous offre qu’un aperçu flou, vague, mais si on la regarde attentivement, on pourra constater la très belle calligraphie de l’auteur qui atteignit la perfection du xing-cao. 


    Je sens que Xue Tao maîtrisait parfaitement le pinceau (dont elle n’ utilisait que la pointe et le côté droit) et que les experts appellent « 右锋 » ( le côté tranchant droit du pinceau ). Quand on insiste sur ce côté du pinceau, les traits peuvent être tantôt très 

« volants », tantôt très appuyés. Ceci donne à l’oeuvre à la fois légèreté et stabilité. J’apprécie beaucoup sa technique qui répondait à sa volonté.

Xue Tao composa beaucoup de poèmes qu’elle calligraphia sur  un genre de papier de riz de couleur rose qu’elle fabriquait elle-même. 

Ce papier est réputé dans l’histoire et appelé « papier xue tao ». 


    Pour plus d’informations, mes lecteurs pourront lire trois de ses poemes dans mon livre « Femmes poètes de la Chine »

    p 71- Observant le printemps (ci-dessus)

 p 72    - Pivoine

  p 73  - Saluer le départ de mon ami Lu

                                                                  -----------

吴彩鸾


Wu Cailuan ( ? - ? ) : 


On ne trouve aucune trace de sa date de naissance ni de celle de son décès. On sait qu’elle vivait sous le règne de l’empereur Weng Zong 文宗 des Tang qui régna de 826 à 841.

Née dans une famille pauvre, elle copiait des textes et des livres pour de grands mandarins, ce qui lui permettait de vivre correctement.

Dans les annales historiques, des notes donnent une liste assez longue des livres qu’elle a copiés, par exemple : 

« A propos de la rime dans la poésie », « Du jade », « Classique sur la musique » etc... 




Regardons l’illustration ci-dessus : son petit kaishu 小楷est exceptionnellement élégant. Dans le petit kaishu, existe un style appelé 蝇头小楷 qui veut dire minuscule kaishu pattes de mouche. Cette illustration  en est un exemple. Wu Cailuan est l’experte de ces élégants idéogrammes. 

Sachez que蝇头小楷 est très difficile à réaliser, le minuscule pinceau à une huitaine de poils de loup. Il est absolument nécessaire pour le faire. 

De plus en plus renommée dans la capitale impériale, de hauts mandarins se l’arrachaient pour lui demander de copier leurs recueils de poèmes, en lui promettant des sommes importantes. Elle travaillait donc beaucoup et ses copies furent jalousement gardées par de grands lettrés, certaines ont été transmises jusqu’à nos jours.

                                                                                                        (à suivre)


lundi 17 mai 2021

Dix femmes calligraphes dans l’histoire chinoise (suite)

 中国古代十大女书法家 (2)

卫夫人


Madame Wei

de son prénom Shuo vécut sous la dynastie des Jin de l’est (317 – 420 ), dans une famille de grands lettrés : ses arrières- grands-parents, ses grands-parents et ses parents furent tous de célèbres calligraphes .

Dès l’âge de 4 ans, Wei Shuo prit le pinceau aux côtés de Zhong Yao 钟繇, grand ténor de calligraphie kaishu. Elle se distingua très tôt dans la capitale impériale par son harmonieux kaishu d’une grande  élégance. Admirons un exemple ci dessous :

Illustration 2
Ses traits sont remarquablement disposés, bien compacts, plein d’énergie qui circule avec douceur entre les traits et les lignes.

Madame Wei avait une cousine lointaine dont le fils s’appelait Wang Xizhi 王羲之. Grâce à cette relation, le très jeune Wang Xizhi apprit la calligraphie auprès de Madame Wei. Le joli kaishu de Wang porte nettement l’influence de Madame Wei :

 

      Illustration 3 :  style "minuscule Kaishu"


....

Arrêtons-nous un instant sur l’illustration 3 dont les mots sont calligraphiés dans le style appelé par les historiens calligraphiques : 

« minuscule kaishu » 簪花小楷 

A l’origine en chinois, ces quatre mots簪花小楷 signifient le petit kaishu, comme de minuscules fleurs (par exemple fleurs d’osmanthe bien parfumées,  petits boutons de muguet, etc… ) portées par les femmes dans leurs cheveux. On y voit les mots bien alignés, de la même dimension, et le commencement et la fin de chaque trait sont légèrement appuyés. On n’y remarque aucune expansion de trait. C’est justement une des caractéristiques du kaishu de Wang Xizhi.

Quand on admire attentivement le petit kaishu de Madame Wei, on trouve encore un autre phénomène  : dans ses oeuvres ( par exemple illustration 2 dont les mots sont agrandis ), elle aimait soulever intentionnellement le côté droit du mot pour l’ouvrir vers la droite (côté est, côté yang). On sait que l’énergie bénéfique vient de l’est 紫气东来 ce style plait énormément aux Chinois.


(A suivre)


samedi 24 avril 2021

Dix femmes calligraphes dans l’histoire chinoise

 中国古代十大女书法家

Dix femmes calligraphes dans l’histoire chinoise


J’ai publié en 2015 un livre consacré aux femmes poètes de la Chine. Appréciant le talent de ces poétesses chinoises, mes amis-élèves calligraphes  m'ont alors posé cette question :

 Est-ce qu’il y a également  en Chine de grandes femmes calligraphes reconnues ?


Ma réponse est affirmative !

Dans l’ancien Empire du Milieu comme en Chine moderne, brillaient et brillent toujours de nombreuses femmes calligraphes au firmament culturel chinois.

En voici dix que je vais présenter de façon succincte .

蔡文姬 


Cai Wenji : active sous la dynastie des Han de l’est ( 25 – 220 ), née dans une famille de grands lettrés ,  elle reçut une excellente éducation auprès de son illustre père Chai Yong 蔡邕 qui dirigeait à l’époque les milieux littéraires de l’empire.


Intelligente, Cai Wenji récitait dès sa jeune enfance des poèmes de l’époque et s’appliquait dans l’étude de la musique. Elle prenait tous les matins le pinceau pour apprendre la calligraphie sous le guide de son père qui aimait réunir les grands calligraphes de la capitale de l’empire dans son immense salon pour parler et pratiquer la calligraphie. La jeune fille Cai Wenji y était toujours présente aux côtés de son père.

De nos jours, on possède très peu de calligraphies de cette remarquable lettrée. 

Dans la Forêt des stèles de calligraphies à Xi-an, sur une pierre,  est gravé un texte calligraphié par elle. On y voit des traits bien ronds et fluides, on sent la grâce féminine dans ses tracés au pinceau. Les spécialistes contemporains sont unanimes pour déclarer que son xing-cao a une énergie savamment canalisée. 

Cette illustration est une estampe  gravé sur pierre du texte original. 


Le premier aperçu du tableau nous donne l’impression que le tout est comme une goutte d’eau qui dégouline du début à la fin sans  encombre. En effet, les annales disent que Cai Wenji trempait pleinement son pinceau dans l’encre et ne s’arrêtait jamais au milieu d’une ligne . 


Dirigeons maintenant notre regard sur le dernier mot de la colonne de droite  et sur le quatrième mot de la colonne gauche : on y sent une rare aisance du pinceau qui se déploie élégamment sans laisser trop d’espace à l’intérieur des idéogrammes ; le partage de l’espace par le blanc(yang) et le noir (yin) est dosé précisément.

Et puis, portons notre attention aux 2e et 3e mots de la colonne gauche, la longue liaison entre ces mots est naturelle, on ne la sent pas forcée ou hésitante ; les deux signes partagent parfaitement le même axe. Cette spontanéité précise est difficile à acquérir...

La Foret des Stèles à Xi'An - Photos MSG

Encrage d'un estampage


                                                                                                                    (à suivre.....)

jeudi 18 mars 2021

LE MOINE IVROGNE HUAI-SU - Fin

 ..... 邬彤 Wu Tong fut un autre personnage qui joua un rôle très important dans le développent du style extravagant de Huai-su.

En effet, au bout de 5 ans vécus dans le faste à la capitale impériale, Huai-su avait une puissante nostalgie de son ancienne vie à la campagne : un petit étang entouré de bambous, de saules pleureurs, de roseaux  qui changeaient de couleur aux quatre saisons et d’oiseaux multicolores … Toute cette vie sauvage lui manquait effroyablement. Il décida de rentrer dans son village natal si doux si intime à ses yeux.

Il quitta Chang An, et fit escale sur le chemin de retour à Luoyang 洛阳,capitale est de l’Empire, qui était en fait un autre centre culturel très développé .

 Pourquoi ce détour sur le chemin de retour ? Il voulait y rencontrer le ténor du caoshu de l’empire, le grand calligraphe Wu Tong, élève de Zhang Xu 张旭 aussi connu et aussi important que Wang Xizhi. Wu Tong fut considéré comme le meilleur calligraphe du caoshu « herbe folle » après Zhang Xu.

 

Effectivement, une fois arrivé à Luoyang, il se rendit directement chez Wu Tong, il y fut chaleureusement reçu.

Huai-su demanda à son hôte de l’accepter comme élève, il promit de le suivre dans son enseignement du style « herbe folle avec beaucoup d’humilité et d’application. Sa demande fut acceptée et ils travaillèrent ensemble pendant quelques mois.

Documents présentés sur ce post :  oeuvres du calligraphe


Un jour, Wu Tong dit à Huai-su : « Mon professeur Zhang Xu  m’a déclaré en secret : pour faire le caoshu extravagant, le pinceau doit être comme le roseau isolé qui se dresse, ou bien comme un grain de sable soudain emporté par le vent..孤蓬自振,惊沙坐飞.

 Je médite fréquemment sur ces deux vers, en imaginant la danse d’un roseau dénudé dans le vent et l’envol de ce grain de sable emporté par le vent… Souvent une image très épurée surgit devant mes yeux. Le style herbe folle de mon maître Zhang Xu ressemble exactement à cette épuration calligraphique : le sommet de l’abstraction de chaque idéogramme… »

Ces quelques mots secouèrent l’esprit de Huai-su et imprégnèrent en lui le principe régissant le caoshu extravagant qu’il chercha toute sa vie à épurer et embellir. En effet, il finit par  monter au sommet artistique de ce style calligraphique.



颜真卿   Yan Zhenqing  (709 – 785) était passa à Luoyang quand Huai-su travaillait sous le guide du pinceau de Wu Tong. 

Un jour, le gardien de la résidence de Wu Tong annonça que Yan Zhenqing arriva à la capitale est. Wu Tong voulait héberger son ancien condisciple Yan Zhenqing avec qui il avait passé quelques années chez Zhang Xu pour apprendre l’herbe folle.

Yan Zhenqing, ainsi installé chez son ancien compagnon de route calligraphique, s’entendait parfaitement bien avec la nouvelle star du caoshu extravagant Huai-su. Ils discutaient sur la technique calligraphique, voyageaient dans la banlieue de la capitale est et nouèrent une amitié profonde.

Un matin, pendant leur promenade le long du grand canal, Yan Zhenqing posa à brûle-pourpoint cette question à Huai-su :

« Que penses-tu de cette trace de dégoulinade d’eau sur ce vieux mur ? »

Huai-su ne répondit pas tout de suite, mais cette question trotta dans sa tête durant plusieurs jours. Il alla même dans le quartier des pauvres de la capitale est pour observer des murs délabrés portant beaucoup de traces de fuite d’eau qui sillonnaient tantôt finement, tantôt avec des courbes lourdes. Il comprit que cette lourdeur ponctuelle était tellement belle que la trace noircie devenait une beauté rare. Il pensait que dans la nature l’envol des oiseaux, le fracas des branches d’arbre, la chute d’eau dans la montagne etc. constituaient de très belles intuitions pour le caoshu extravagant. D’où son style vigoureux, épuré et gracieux.



陆羽 Lu Yu fut le dernier personnage qui laissa une profonde empreinte sur le parcours calligraphique de Huai-su. Expert du thé chinois, auteur du célèbre traité théorique « Classique du thé », Lu Yu rencontra le saint calligraphe Huai-su en 787, il entretint avec lui une sincère et indéfectible amitié, Son livre « Biographie du moine Huai-su » en est la preuve : il n’y tarissait pas d’éloges sur le personnage Huai-su aussi bien que sur la haute perfection de son art du caoshu extravagant, le qualifiant d’un étrange mont parmi de nombreux monts calligraphiques.

Un dicton chinois dit ceci : 落叶归根 les feuilles mortes d’un arbre tombent autour de ses racines ;

 en d’autres termes, on finit toujours par retourner dans son pays natal. A 63 ans, Huai-su rentra définitivement dans son village natal, retrouvant bambous, roseaux, étangs, herbes, oies sauvages qui lui décrivaient des lignes, des traits et des points simples et délavés. Il y écrivit son dernier livre « Mille idéogrammes en petite herbe folle » gravés sur une stèle en pierre qui se trouve aujourd’hui dans la « Forêt de stèles de Xi’an » que l’on peut visiter.

Grâce à sa technique sophistiquée du dépouillement esthétique de la structure des idéogrammes calligraphiés,Huai-su poussa la perfection du caoshu extravagant à son sommet. Et malheureusement après lui, cette perfection, passée à la postérité, n’a plus jamais été atteinte.

Photo : "L'art de la calligraphie chinoise à travers les âges"(China book Intercontinental Press -Ed /01/2009)
Cliquer sur les images pour les agrandir


lundi 8 mars 2021

LE MOINE IVROGNE HUAI-SU - 2

 ... S’aider des célébrités


L’ivresse n’a pas érodé sa lucidité ni son bon sens de la

vie. Le jeune moine aimait fréquenter les gens au pouvoir et les célébrités de l’époque.

Il contacta le préfet de sa région, le fonctionnaire d’état Wang Yong qui  le recevait volontiers dans son bureau, appréciant son style fou de la belle calligraphie. Car ce fonctionnaire était lui-même un important calligraphe de l’époque. Au bout de quelques années d’excellente entente, le préfet composa un poème intitulé « Ode au caoshu de l’ermite Huai-su », le couvrant de mots élogieux !

Rapidement Huai-su ne se contenta plus de sa renommée limitée aux alentours de son district. Il quitta son village et vint vivre dans l’importante ville culturelle Hengyang de la province du Hunan. Il fréquentait des lettrés connus, leur montrait ses œuvres calligraphiques appréciées de tous. Très rapidement son nom courut sur toutes les lèvres à travers la province du Hunan. Par ses contacts avec d’autres calligraphes, il se rendit compte de la faiblesse de ses traits brisés et de la lourdeur de ses traits arrondis. Il apprit aussi le principe selon lequel, les traits n’étaient en fait que le reflet des brindilles d’herbe et des chutes d’eau de montagne. Il commença donc à observer plus attentivement les roseaux dénudés, les bambous de fin d’hiver et les arbres d’automne… son esprit fut frappé par cette nature épurée par le froid et le vent qui emportaient toute la décoration (feuilles, fleurs ) de la nature qui, donc, ne gardait que l’essentiel (tige, branche, brindille ). D’où naquit l’abstraction de sa calligraphie au caoshu extravagant .


Qui aidait Huai-su ?


朱遥 Zhu Yao fut un personnage très important pour que  rayonne dans l’empire des Tang le caoshu extravagant de Huai-su. Grand lettré et ermite bien connu dans la province du Hunan, Zhu Yao faisait l’éloge de ce style calligraphique dans les hauts milieux de la culture. L’alcool aidant, ces deux intellectuels s’entendaient parfaitement et faisaient souvent danser leur pinceau sur le même papier de riz. Zhu Yao allait les exposer dans son salon fréquenté par les célébrités littéraires et artistiques. Huai-su fut ainsi pompeusement introduit dans la haute société provinciale.

Un jour, Zhu Yao dit à Huai-su : « Maintenant tes deux ailes sont déjà bien fermes, tu dois voler vers un horizon plus lointain et plus large : tu vas pouvoir te débrouiller dans la capitale Chang An. »


张谓Zhang Wei fut le deuxième personnage qui aida beaucoup Huai-su dans son envol vers le sommet de sa gloire.

Zhang Wei, important poète et calligraphe de l’époque, avait une fonction prépondérante à la cour impériale : il assuma pendant des années les fonctions du ministre des Rites de la dynastie des Tang. En l’an 767, alors qu’il était   préfet du Hunan, il recevait souvent chez lui Huai-su pour boire abondamment de l’alcool et puis pour pratiquer ensemble la calligraphie dans une grande ivresse. Les deux ivrognes s’appréciaient intimement. 

Quand Zhang Wei fut appelé par l’empereur au ministère des Rites, il emmena donc son ami Huai-su avec lui et l’installa dans une grande maison à Chang An capitale de l’empire. On voyait la silhouette de Huai-su à toutes les fêtes organisées dans le grand salon de reception du ministre. Le calligraphe extravagant brillait alors au firmament de l’empire céleste. Les historiens d’alors n’hésitaient pas à dire que la capitale impériale était balayée par la « tornade de l’extravagance de Huai-su ».

Des années plus tard, dans son livre intitulé « Modèle calligraphique  d’auto-biographie » 

自叙帖

Huai-su remercia plusieurs fois ce ministre « bienfaiteur ».

En effet, la vie à Chang-an marqua une nouvelle étape de sa calligraphie . Promu par son ami ministre, Huai-su put rencontrer les plus grands calligraphes de l’empire, et admirer leurs œuvres dans tous les styles, par exemple, c’est chez un collectionneur connu qu’il put voir des manuscrits du roi de calligraphie Wang Xizhi 王羲之 ainsi que ceux de son fils Wang Xianzhi 王献之 ce qui l’impressionna énormément.

Wang Xiangzhi


Wang Xizhi
 

                                                                                                                                (à suivre...-)

samedi 27 février 2021

LE MOINE IVROGNE HUAI-SU - 1

 酒鬼怀素和尚

                                       Le Moine ivrogne Huai Su

Portrait de Huai Su par Fan Zeng.

.....J’aime le moine Huai-su, plus ivre qu’éveillé la plupart du temps !

J’aime encore plus son caoshu extravagant 狂草 dont il fut le co-créateur avec Zhang Xu 张旭, un autre grand calligraphe de la dynastie des Tang !


Se faire bonze dès l’enfance.....


   Né en 737, sous le règne de l’empereur Xuanzong, Huai-su vécut à une époque florissante où s’épanouissaient abondamment l’économie, la poésie, la peinture et la calligraphie, la musique et le bouddhisme. Dès l’enfance, il se fit bonze et s’installa comme moine dans le temple bouddhique Shutang, non loin de la petite ville Lingling, dans la province du Hunan.

    En général, les familles pauvres cherchaient à inscrire leurs enfants dans des temples bouddhiques pour s’assurer qu’ils ne souffrent pas de la faim et qu’ils puissent se faire éduquer par les vieux moines. 

Cependant, les annales historiques notent que la famille de Huai-su n’était pas démunie, et que les membres Huai vivaient assez aisément par rapport aux autres villageois. 

Mais les parents de Huai-su estimaient que dans les temples bouddhiques les moines très cultivés pourraient offrir au jeune enfant une belle ambiance culturelle qui l’aiderait à s’installer dans la haute société : ils ne furent pas déçus !

Au temple, Huai-su apprenait studieusement à lire et à écrire. Il avait dans son dortoir un bonze âgé très fort en calligraphie. L'enfant prenait chaque jour le pinceau sous la direction patiente et efficace de ce vieux moine..

Plusieurs années après, Huai-su quitta le temple et regagna la maison de ses parents pour se consacrer uniquement à l’encre et au pinceau. 

Le jeune homme  fabriquait lui-même l’encre avec le riz glutineux carbonisé et la graisse des poissons qu’il attrapait dans le ruisseau   contournant la maison familiale. Cependant,  le papier qu’il consommait en grande quantité posait un gros problème d'approvisionnement. Son intelligence lui permit de résoudre cette question: il alla dans les montagnes chercher de larges feuilles de palmier sur lesquelles il pu faire  ses exercices calligraphiques. 

Pendant plusieurs années il planta lui-même des centaines de palmiers devant et derrière la demeure familiale  dont  il récoltait  durant toute l’année des feuilles pour réaliser son travail artistique. 

C’est à cette époque-là qu’il donna un nom à la pièce où il pratiquait la calligraphie : Il l'appela  

绿天庵 

temple du ciel vert".

Très appliqué dans ses pratiques calligraphiques quotidiennes, Huai-su utilisa  d’innombrables feuilles de palmier et une grande quantité de pinceaux. Il enterra les feuilles et les pinceaux usés derrière la maison, nommant le monticule ainsi né « tombe de pinceaux » !


« l’alcool est ma vie même »


Le moine Huai-su aimait donc la calligraphie autant que l’alcool !

Un jour il écrivit : « L’alcool est ma source d’énergie de vie et d’inspiration calligraphique ». 

Dans certains livres d’histoire, on trouve souvent sa célèbre rengaine : « L’alcool est ma vie même ». Il expliquait à tous ceux qui voulaient l’entendre : 

« Qui n’aime pas l’alcool ? 

Dans mes veines coulent le sang 

et l’alcool qui me donne la vigueur… »

A 20 ans environ, il était déjà très connu pour sa capacité alcoolique et ses fréquentes ivresses – on allait même noter dans un registre du village  ces mots :

« Notre jeune moine calligraphe trempé dans l’alcool s’enivre 5 ou 6 fois par jour. »

Un jour, les villageois qui se rassemblaient sur la place au centre du bourg virent Huai-su se laisser aller 9 fois à l’ivresse ! 

« Ce sacré moine nous rend joyeux avec ses trébuchement répétés, pinceau à la main… »


Qui réglait ses ardoises ? Ne nous inquiétons pas pour lui. Sachez qu’il y en avait qui se disputaient pour payer sa liqueur, car tout le monde voulait recevoir les feuilles de palmier couvertes de sa calligraphie, ou bien l’inviter à improviser une œuvre calligraphique sur le paravent que les gens disposaient pour l’occasion. On s’arrachait ses beaux caoshu extravagants.

Calligraphie de Huai-su


Je suis particulièrement ému en lisant ces deux sentences :

饮酒以养性 

Boire du vin pour fermenter mes émotions ; 

草书以畅志 

me livrer au caoshu extravagant pour galvaniser ma volonté



(a suivre....)