Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
L'administratrice : Sérénité'art

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jeudi 21 novembre 2019

CALLIGRAPHIE : GRANDS ET PETITS FORMATS

大字和小字
Calligraphie en grand et petit format
Profitant des vacances de Toussaint , j’ai été invité par mon fils à faire un retour dans mon pays natal  (Shanghaï—Suzhou-Hangzhou.). C’était un voyage nostalgique et très évocateur.

Un jour, nous avons visité à Suzhou la pagode sur la Colline du Tigre 虎丘塔et le Temple Hanshan 寒山寺。Pendant mon enfance et mon adolescence, j’y allais souvent passer mes vacances avec mes grands-parents, je connais bien ces beaux sites pittoresques.
Mais pendant ce dernier voyage, un détail m’a beaucoup fait réfléchir : partout je vois des calligraphies gravées sur de grosses pierres, certaines immenses, certaines aux caractères minuscules. Cela me rappelle les exercices calligraphiques de mon enfance. 
J’ai passé beaucoup de temps à faire des dazi 大字练习 et des xiaozi 小字练习

Mes maîtres successifs insistaient tous sur la pratique de ces deux formes de caractères, me répétant que l’exercice en grands caractères aide à parfaire la force et la souplesse du poignet ainsi que la conception de l’espace alors que l’exercice en caractères minuscules favorise l’acquisition de la précision et de la sensation du battement du coeur du pinceau.
Par conséquent, chaque jour, j’avais une petite feuille où était imprimés 400 carrés et une grande feuille à 4 grands carrés à remplir.

小字练习

Au bout de quelques années de travail patient, j’arrivais déjà à maîtriser mon pinceau pour calligraphier en petits aussi bien qu’en grands caractères. Mon dernier maître, Monsieur Xiao était très content de moi, me disant que j’avais déjà un boulevard devant moi.
大字练习

Ce dernier voyage nostalgique m'a permis de réfléchir sur mon enseignement de la calligraphie à Paris : je pense souvent à mes amis-élèves français qui me témoignent leur enthousiasme pour la culture chinoise, surtout pour la calligraphie chinoise. 

Je me dois de les guider sur une bonne voie d'apprentissage, en essayant d’améliorer ma transmission calligraphique.

Quand j’essaie de parler de l’exercice calligraphique en petit et grand format, je dois dire que les réactions sont différentes et que l’indifférence l’emporte sur l’enthousiasme.
Un tiers de mes élèves se lancent dans cette aventure bénéfique : le résultat est encourageant. 
Je décide donc d’encourager les autres élèves à essayer les exercices  en petit et grand format !

Je suis sûr...
 qu’un nouvel avenir s’étend devant tous les amateurs de la calligraphie chinoise !

dimanche 29 septembre 2019

AU GRÉ DU PINCEAU - 1


Il y a quelques années.....
         j’ai signé un contrat avec un éditeur pour écrire et publier un livre sur l’apprentissage de la calligraphie chinoise. Prêt au bout d’un an de travail, le manuscrit n’a pu voir le jour, l’éditeur ayant disparu, absorbé par une grande maison d’édition.
    Depuis, je laisse mon manuscrit dormir tranquillement dans mon ordinateur. Ces derniers temps, je reçois des demandes de conseil pour mieux apprendre la calligraphie chinoise, et cela me donne l’idée de 
« réveiller » mon texte sur ce sujet. Réflexion faite, je décide donc de profiter de mon blog pour en publier certains chapitres au fur et à mesure.
Voici des extraits de ce livre intitulé « Au gré du pinceau » :



SHI  BO

随筆翩翩
AU GRE DU PINCEAU
( Comprendre et apprendre la calligraphie chinoise )


1
Avant-propos


     La pensée taoïste est basée sur un principe fondamental selon lequel notre univers existe grâce à la parfaite harmonie entre le yang et le yin.
     Le taoïsme prône que l’est d’où monte le soleil est rempli du yang ; il doit, pour être équilibré, y avoir nécessairement autant de yin ; ce yin est constitué, dans la terminologie chinoise, par les Quatre Mers qui bordent l’est de l’Empire du Milieu. C’est pourquoi dans la philosophie chinoise l’eau est le symbole du yin.
      Le taoïsme nous enseigne que l’ouest où descend notre soleil est plein de yin qui doit être équilibré par autant de yang. Toujours dans l’esprit chinois ce yang n’est autre que les hautes montagnes himalayennes bordant l’ouest de l’empire.
       Dès lors dans la mentalité chinoise, l’eau équivaut au yin et la montagne, au yang.
     L’immense territoire chinois est bordé à l’est par un équilibre entre le lever du soleil (yang) et les étendues infinies d’eau ( yin) et est nourri à l’ouest par un équilibre entre le coucher du soleil (yin) et les hautes montagnes (yang).
    Ce qui est encore plus étonnant, c’est que cette étendue infinie du territoire mythique s’incline de l’ouest vers l’est et est arrosée par deux grands cours d’eau tout aussi mythiques : le fleuve Jaune au nord et le fleuve Bleu au sud. Ces deux Fleuves-Mère (母亲河 les Chinois les vénèrent ainsi) tirent tous deux leur source au fin fond du haut plateau tibétain et constituent les deux grands berceaux de la civilisation chinoise. Ils garantissent le parfait équilibre du grand cycle du yin-yang , établissant en fait un lien important entre les montagnes de l’ouest et les Quatre Mers de l’est. 
      Ce qui nous étonne ne s’arrête pas là, cet immense territoire est solidement fixé sur notre Terre, au centre et aux quatre points cardinaux,  par Cinq Monts sacrés, ce qui a favorisé la conscience et le développement d’une pensée de l’Espace chez les anciens Chinois. Ils valorisent donc plutôt l’Espace qu’ils divisent, au détriment d’une pensée du Temps, en deux parties : le yin et le yang, qui sont partout en équilibre. D’où la notion de symétrie et la notion de dualité.
La théorie de la symétrie et celle de la dualité ont eu une influence primordiale dans la création des caractères chinois et notamment dans l’art calligraphique. En effet, la plupart des caractères chinois sont composés de deux parties, symétriquement disposées à gauche et à droite d’un axe. Tous ceux qui apprennent la calligraphie chinoise savent que l’axe du caractère est le garant de la beauté esthétique de cet art graphique et que le moindre écart par rapport à cet axe détruit l’équilibre de l’oeuvre, par conséquent son esthétique.
Les Chinois pensent aussi que tout espace est animé des Souffles Originels ,
( 元气 )

 autrement dit des Souffles Suprêmes qui permettent, selon tout taoïste, de remonter à l’origine du Vide Originel... 
( 元虚 ) 
à savoir l’Espace Originel d’où sont nées toutes les choses réelles, dit Lao Zi, auteur du fameux livre : Dao De Jing 
(道德经) 


...et père du taoïsme.
Animés de cette perception fondamentale de l’univers, les calligraphes chinois considèrent que chaque caractère calligraphié constitue un espace relié à l’Espace Originel ; par conséquent, chaque calligraphie doit avoir une vie liée aux Souffles Suprêmes. Ils cherchent donc inlassablement à insuffler à leur création, à travers diverses techniques du pinceau imbibé d’encre, des souffles esthétiques. 
Comme les Souffles Suprêmes sont infiniment sublimes et totalement harmonieux, la calligraphie est un chemin de perfection artistique  inlassable et inépuisable. 
Telle est ma devise qui me guide depuis plus de soixante ans et qui me pousse toujours vers de nouveaux horizons esthétiques
                        Shi Bo
Printemps 2010
 année du tigre
Relu août 2019
Année du cochon
Paris

dimanche 25 août 2019

A PROPOS DU PROCESSUS DE L'APPRENTISSAGE DE LA CALLIGRAPHIE CHINOISE.

浅谈学习中国
书法进程

Comme pour chaque chose, l’apprentissage de la calligraphie chinoise a ses règles et son processus à suivre....

D’abord, apprendre la calligraphie est un long parcours qui exige beaucoup de volonté, de patience, de sacrifices et d’humilité. Il m’arrive souvent d’expliquer ce long chemin à ceux qui veulent être calligraphes au bout de deux ou trois ans d’exercice au pinceau !



Mais pourquoi cet apprentissage est-t-il si long ?

Parce que la calligraphie n’est pas seulement une question graphique, mais qu’ elle est aussi  le creuset de la culture chinoise : histoire, poésie, philosophie, littérature, langue, sentiment,  humeur personnelle, etc.
Et puis, la calligraphie est aussi un long perfectionnement de la personnalité individuelle : calme contre turbulence, patience contre impatience, désir de progrès contre autosuffisance,  modestie contre m’as-tu-vu, etc. 

C’est un long processus de remises en question continues.

Ensuite, la calligraphie est un art complexe et donc difficile à maîtriser. Dix ans ? Quinze ans ? Vingt ans ? Cela dépend de tout un chacun.

Bien des gens veulent aller au but rapidement. Ce n’est pas possible, car cet apprentissage a des étapes incontournables. 
Prenons comme exemple les étudiants à l’université - en Chine - qui ont choisi la calligraphie pour spécialité d’étude : ils doivent tous suivre un long programme qui s’étend sur cinq ans.

-- La première année d’étude est consacrée à l’apprentissage du zhuanshu 篆书 (sigillaire) qui est à l’origine de l’écriture chinoise. Cette année permet de connaître vraiment l’origine des caractères ( forme et signification ). Il s’agit là du départ du processus de l’apprentissage. 


 illustration : tirée de  « Passion à l’encre » p.142 – 143

-- La deuxième année est centrée sur l’apprentissage du kaishu 楷书 ( écriture régulière qui est pratiquée dans la vie courante des Chinois) et sur toutes les techniques du pinceau. 
Si l’on veut aller loin sur ce chemin, il est obligatoire de bien maîtriser les techniques de base du kaishu. 

En Chine, on dit ceci : sans un bon kaishu, on ne sera jamais un vrai calligraphe.
Les étudiants chinois continuent à se perfectionner en kaishu pendant les 3e, 4e et 5e années universitaires.

illustration : tirée de  « Passion à l’encre » p.189

-- La troisième année  a pour thème principal l’apprentissage du xingshu 行书 (écriture cursive ) dont les traits des mots sont souvent liés, la forme des mots est plus libre et plus dynamique. 

On pense souvent qu’on peut tracer le xingshu “comme on veut”, sans aucune règle à respecter. Mais non ! Le xingshu possède et traduit beaucoup plus les sentiments et le caractère de l’auteur, tout en respectant le principe primordial de la calligraphie :
           - harmonie entre le blanc ( papier ) et le noir ( encre ), 
           - symetrie de part et d'autre de l'axe et équilibre des épaisseurs des traits (délicieuse alternance des traits fins et des traits épais) Que sais-je encore....
 illustration : tirée de  « Passion à l’encre » p 45

-- La quatrième année est destinée à l’étude du caoshu 草书 ( herbe folle ) Ce style est très vif et très personnalisé, hautement épuré et savamment abstrait, donc très difficile. Les étudiants se consacrent entièrement à copier un grand maître historique, trait par trait, mot par mot, vers par vers…
Cette étape leur est importante pour forger la personnalité de leur calligraphie déjà assez bien affirmée.  ‘    
( illustration : voir « Passion à l’encre » p. 94 )


-- La cinquième année est destinée à composer la thèse théorique basée sur les connaissances théoriques et pratiques acquises durant les quatre années précédentes. 
C’est la dernière année d’étude couronnée par un diplôme universitaire qui, pourtant, ne signifie pas la fin de l’apprentissage.
…et cependant, le chemin vient à peine de commencer …

En Europe, l’écriture et la langue chinoises nous sont totalement étrangères, ce qui fait que l’apprentissage de la calligraphie chinoise devient un vrai  « casse-tête chinois » : tout nous paraît étrange, bizarre et compliqué, il faut de longues années pour pénétrer vraiment ce labyrinthe esthétique. Plusieurs de mes élèves, au bout d’une vingtaine d’années de labeur à mes côtés, arrivent à très bien calligraphier et leurs œuvres sont chaleureusement appréciées à Pékin et à Shanghaï par mes anciens collègues. C’est très encourageant et réconfortant. En même temps, cela prouve aussi la nécessité de la patience , de la ténacité et de l’humilité pour réussir ce long parcours.

Vouloir c’est pouvoir !

vendredi 1 juin 2018

A PROPOS DU STYLE DIT "HERBE FOLLE GALOPANTE"


La publication sur mon blog de l’organisation des stages de la calligraphie dans le style dit « herbe folle galopante » a eu des réactions bien encourageantes. En même temps on me pose des questions sur ce style. J’ai le plaisir d’y répondre brièvement.
La calligraphie chinoise se distingue par plusieurs étapes :
1  篆书zhuqnshu—sigillaire ; 
2  楷书kaishu—régulier ; 
3  行书xingshu—libre ; 
4  草书caoshu—herbe folle
5  狂草kuangcao – herbe folle galopante.
篆书 : il est considéré comme l’origine de l’écriture chinoise. D’où la nécessité d’apprendre avant tout ce style pour tous ceux qui voudraient progresser sur le chemin de calligraphie chinoise. En Chine, dans les facultés de l’art chinois, les étudiants dans la spécialité de la calligraphie consacrent la première année des cinq ans d’étude à zhuanshu
楷书: il est la base de l’écriture quotidienne, toutes les techniques esthétiques de base  y résident solidement. Il faut bien maîtriser ce style pour se lancer dans les autres aventures sophistiquées de la calligraphie, car la bonne maîtrise de ce style permet au pinceau de donner le souffle, le sang, l’os, la chair et l’âme à la calligraphie.
行书: c’est une calligraphie courante, bien jolie et libre, le souffle est beaucoup plus prononcé, le sang coule plus gracieusement dans la structure calligraphique. C’est une étape bien difficile.
草书: il est très apprécié par mes élèves, car les traits sillonnent comme herbes qui courent follement dans tous les sens sur la plaine. Mais ce style demande l’ouverture plus grande de l’esprit du calligraphe et exige l’immense connaissance de la poésie et de la philosophie chinoises.
狂草: herbe folle galopante , sujet qui nous émeut et nous occupe, constitue la dernière étape du long cheminement de la calligraphie chinoise. En désordre en apparence, il est bien structuré et dirigé en réalité par la philosophie chinoise : simplicité dans l’abstraction et harmonie à travers le désordre des traits.
Les principales caractéristiques de ce sommet artistique sont les suivantes :
--simplification : les mots chinois perdent dans ce style des traits pour être plus simples possibles
--abstraction : les mots sont représentés par les traits uniquement nécessaires, donc aucun trait n’y est superflu. D’où le titre « art abstrait » de ce style calligraphique
--désordre : ce n’est qu’une apparence très difficile à gérer
--absence de trace du kaishu : cela veut dire que l’ossature des mots faits dans ce style est beaucoup plus fluide et ronde
--exagération : dans l’abstraction ce style exagère souvent un ou deux traits dans le même mot. Mais cette exagération esthétique remue joliment toute l’œuvre calligraphique, la rendant galopante.
Voyons trois exemples :

Exemple 1 萬事如意 tout s’opère selon les désirs

Exemple 2 風流 distingué, élégant

Exemple 3 奮進 aller courageusement de l’avant

Enfin je voudrais dire que tout le monde, débutant ou initié, peut essayer la pratique de l’herbe folle galopante  dont les délices sont sans bornes.

vendredi 23 mars 2018

ETE 2018 - STAGE DE SIGILLAIRE - 篆書学习


篆書学习
 - Le programme - Eté 2018
Cet été, j’organise des stages privés de calligraphie sigillaire.  
Mon style est dit « tête du ver à soie et queue d’hirondelle ».

Organisation : on peut faire une, deux ou trois journées (chaque journée comprenant deux séances de 2 heures chacune, soit 4 heures ).
Les sujets proposés ici seront choisis par le stagiaire, on pourra aussi venir avec son sujet préféré.
Voici quelques sujets de stages particuliers
1 -  天長地久
L’Amour aussi éternel que le Ciel et la Terre
2  - 心如秋月
Le coeur est aussi limpide que la lune automnale
3 -   高山流水 
L’eau galope du haut de la montagne (allègrement)
4 -  曉學達神
Etudier dès l’aube peut éveiller l’esprit
5 -  靜神禪養
cultiver l’esprit dans le silence et se fortifier dans la méditation
6 -  滿天風雨
Le ciel est pleinement envahi pat vent et pluie
7 -  情懷浩蕩
Avoir l’immensité d’âme
8 -  空穀傳聲
la vallée vide répercute bien les sons (largeur de l’âme)
9 - 遠矚高瞻
se placer haut et voir loin ; avoir une grande perspicacité ; être clairvoyant
10 - 筆舞墨妙
le pinceau danse aux délices de l’encre

Inscription au stage privé du sigillaire
Date : du 2 au 25 juillet ( à choisir )
Inscription dès maintenant
s'adresser à : ShI bo <mrshibo@hotmail.com>

mercredi 22 août 2012

LE CHANT DU SILENCE

         En Chine la peinture shan shui hua 山水画  et la poésie shan shui shi 山水诗  constituent un chant lyrique du silence-repos.
    Les Grandes Figures, dans ce domaine, considéraient comme un devoir incontournable et noble de décrire, peindre, suggérer ou énoncer le silence du paysage, ainsi que celui de la vie de reclus, sous tous ses aspects, qui  peuvent  être définis ainsi :


        Paysage lointain(远景) yuánjǐng : il transporte l’âme vers un horizon lointain, sans trace humaine, sans tracas quotidien - une contrée féerique sereine et apaisante - un endroit limpide  - qui peuvent laver le cœur de toutes les impuretés de notre monde matériel.



        Vie oisive (闲适) xiánshì  : encourage à se détacher des intérêts matériels et mondains et à rester serein pour scruter la vérité de la vie humaine.

(note : 闲适,traduction littérale: vie oisive. Mais  je ne suis pas content de cette traduction . parce que le mot oisif ne me plaît pas. J'ai donc  traduit : "vivre sans souci, à l'aise" qui est plus conforme à ma philosophie.)


          Harmonie (和谐)  héxié :  harmonie entre la nature et l’homme, entre le yin et le yang, entre l’extérieur de soi-même et l’intime. Harmonie qui guide les gens dans la recherche de la paix dans l’âme et du repos dans l’esprit. Cette harmonie nous aide à trouver la bonne place de l’être humain dans notre univers.


           Eau limpide (清流)  jìngliú : a le mérite de mettre en valeur la pureté spirituelle qui manque cruellement aux êtres humains. La peinture de l’eau et la poésie sur l’eau donnent la fraîcheur, réveille la conscience sur la bonne conduite et insuffle une limpidité dans notre âme.


           Lieu sauvage (荒野)  huāngyě : incarne la vérité sur l’harmonie du yin et du yang de notre univers et sur l’aspect original de la nature dans laquelle l’homme doit vivre .

           Climat froid (寒冷) hánlěng : pourrait rafraîchir l’esprit « perturbé » par les considérations mondaines et égoïstes, et invite l’individu à garder la tête sereine devant toutes les séductions matérielles et l’emprise du pouvoir.


           Solitude (孤寞) : gūmu considérée comme un exceptionnel privilège par les maîtres de “culture de l’âme dans la sérénité”, elle est bénéfique pour cultiver la grandeur de l’âme et la pureté de l’esprit à travers un paysage (un univers) peint ou décrit, où règne le silence.






        La poésie shan shui shi 山水诗 shānshuǐshì : est très appréciée par les intellectuels chinois, notamment par les ermites qui s'appliquent dans la culture de leur mental et de leur physique. Ils qualifient  ce genre de poèmes de “contemplatifs”. 

J'ai publié un recueil sous le titre de "Poèmes de silence", les exemplaires sont numérotés.  Illustrés avec mes calligraphies. ils sont présentés dans un coffret. 



J'ai choisi 10 nouveaux poèmes contemplatifs de la dynastie des Tang qui paraitront prochainement sur ces pages.



        Vous y trouverez, je l’espère, une ambiance silencieuse et méditative. 


lundi 13 août 2012

CINQ ELEMENTS FONDAMENTAUX

    Un proverbe chinois nous recommande judicieusement ceci : 

“Pour mieux apprendre, il faut avant tout mieux comprendre”.

        Les Chinois considèrent volontiers que c’est le premier pas dans l’apprentissage des choses. 
     A propos de la calligraphie, il est primordial d’accorder une attention toute particulière à sa compréhension avant de commencer à prendre le pinceau..
    Les calligraphes chinois sont unanimes pour considérer que les caractères calligraphiés sous le pinceau sont des êtres possédant une vie réelle animée par une âme. 
        Su Shi, alias Su Dongpo 1036 – 1101,  (appelé ermite Colline de l’Est), l’un des plus grands maîtres de calligraphie chinoise, dit : « Toute calligraphie digne de ce nom doit avoir une âme, un souffle, un squelette, de la chair et du sang. S’il manque un de ces cinq éléments, il n’est plus de calligraphie. »
         Les calligraphes chinois appellent cela les « Cinq éléments fondamentaux »


- 魂
hún
 L'âme : chaque œuvre calligraphique se doit d'exprimer l'état d'esprit et le dynamisme mental de l'auteur. C'est une étape extrêmement sublime dans l'art calligraphique.



 - 气  
qì Le souffle rythmique : l'auteur laisse couler ses sentiments, ses pensées, son énergie, en un mot sa sensibilité, du bout du pinceau, sur le papier, tantôt à travers des traits pleins, tantôt par des traits secs et cassés, mais tout en garantissant l'équilibre de l'œuvre dans son ensemble. Cet  équilibre est mis en évidence par les différentes proportions des traits.

 -形 
xíng Le squelette : il s'agit de l'espace qu'occupe l'œuvre calligraphique grâce à la succession des traits harmonieusement disposés. C’est  "la structure physique visible". On insiste aussi sur l’espace invisible autour des traits tracés en couleur ou en noir. Cet espace, comme "structure invisible", est  tout aussi important pour l’esthétique du squelette de l’idéogramme calligraphié.


 -肉
ròu
 La chair : selon sa sensibilité et son humeur, le calligraphe utilise des techniques différentes dans le contrôle de la quantité d'encre contenue par le pinceau, dans la pression que le poignet donne au pinceau sur le papier, et dans la vitesse du mouvement du pinceau, pour coucher l'encre et donner chair à son œuvre.


-血 
xuè 
Le sang : c'est l'encre. Selon la quantité d'eau contenue dans l'encre, les traits peuvent être denses ou délavés. Cette nuance exprime non seulement l'âme du calligraphe, mais aussi le degré de sa maturité artistique.

          Ce qui est important dans l'art calligraphique, c'est l'équilibre, non seulement dans la structure, mais surtout dans l'esprit de l'oeuvre. La structure est visible. Grâce à la réalisation de l'équilibre dans la structure, qui demande  de longs efforts d'exercices tenaces et patients, on atteindra le but recherché :  

                        "on n'est jamais qu'un artisan de l'écriture. "                                                           


 La réalisation de l'équilibre dans l'esprit est  beaucoup plus sophistiquée, donc beaucoup plus difficile. Elle  permet de devenir un véritable artiste, à condition d'étudier de façon approfondie l'histoire de cet art, de s'imprégner de la philosophie chinoise, de maîtriser l'esthétique ancestrale chinoise et enfin de créer ses propres conceptions artistiques.
 A propos de l'équilibre calligraphique, le grand calligraphe Yu Shinan nous dit : 
          " Si l'esprit n'est pas équilibré, la calligraphie ne l'est pas non plus ; si l'on manque de concentration, alors les caractères sont boiteux." 
           Qu'entend-on par là ? Cela veut dire que chaque œuvre calligraphique doit être visualisée, disposée, et maintes fois corrigée dans l'esprit de l'artiste avant de la “coucher” sur le papier. C'est donc la visualisation interne (et non les yeux de l'artiste) qui dirige la main. Celle-ci, à son tour, actionne à bon escient le pinceau. En un mot, l'équilibre de la composition calligraphique n'est donc pas fonction d'une définition spatiale figée, mais d'une disposition d'esprit. D'où le vaste champ ouvert à la création et à l'expression personnelle.
           L'expression personnelle repose sur les sentiments de l'artiste, sentiments forgés au fond de l'âme d'une part et, d'autre part, sentiments suscités par l'environnement extérieur. C'est la parfaite conjugaison de ces deux types de sentiments qui favorise la création. C'est pourquoi Zhang Zao, grand artiste de l'époque des Song dit à juste titre : 

" Prendre la nature pour maître et puiser la source au fond de l'âme. "

         L'expression des sentiments personnels permet de créer le style artistique individuel. 
             Dans le long cours de l'histoire calligraphique chinoise, un certain nombre de calligraphes, souvent sous l'effet du vin, s'écartèrent de plus en plus des règles,  donnant libre cours à leur esprit et à leur âme. Résultat : la calligraphie perdit sa fonction utilitaire et devint une expression pure et simple de la sensibilité. La digue des contraintes ainsi rompue, le champ de créativité s'en trouva infiniment élargi. D'où la floraison sans précédent des styles cursifs et la naissance de nombreux et importants maîtres artistiques. 

             Il faut remarquer que la recherche d'impact émotionnel est l'étape la plus sophistiquée dans l'art de la calligraphie chinoise. Toute une vie est nécessaire pour forger et perfectionner un style d'expression des sentiments.
               J'ai exercé la calligraphie pendant plus de 60 ans. Je ne suis pas sûr d'avoir déjà parfait mon style pour exprimer mes sentiments. Cependant, cette longue pratique me permet  toujours de mieux comprendre le grand peintre Shi Tao. 
                Il dit  : 
" Au milieu de l'océan de l'encre, il faut établir fermement l'esprit ; 
à la pointe du pinceau, que s'affirme et surgisse la vie ; 
sur la surface de la peinture s'opère une complète métamorphose ; 
au milieu du chaos s'installe et jaillit la lumière !
 A ce point, quand bien même le pinceau, l'encre, la peinture, tout s'abolirait, le Moi subsisterait encore, existant par lui-même. " (extrait de son ouvrage : " Propos sur la peinture)

Ces pensées me guideront toujours dans ma quête de la perfection.