Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
L'administratrice : Sérénité'art

mercredi 22 juillet 2020

DU YU M'ANGOISSE

蠹鱼之烦恼
Du yu m’angoisse

Un jour, récemment, une amie m’a fait lire deux vers traduits en français dans un recueil d’ anciens poèmes chinois.

Le premier vers est le suivant : 此情唯有蠹鱼知 ( 袁枚 1716 – 1797 )


Le deuxième est ainsi écrit : 来生恐堕蠹鱼中 ( 陆游 1125 – 1210 )


D’après le contexte de chaque poème, je traduirais ainsi :
Premier vers : Ce sentiment, seules les mites le connaissent
...car les trois vers précédents disent qu’à l’âge de la décrépitude, si l’auteur plonge de temps en temps dans la lecture, c’est pour se divertir, pour tromper le temps. Par conséquent, l’auteur pense que seuls les vers qui rongent le bois et les vêtements connaissent ce sentiment d’oisiveté.
            Pour le deuxième vers : je crains de tomber dans les rangs de mites dans une existence ultérieure
L’auteur a peur de se dégrader dans une autre vie au rang des vers nuisibles.


Intrigué, j’ai demandé à cette amie de me montrer la traduction du livre. Avec étonnement, j’ai lu ceci :
Premier vers :
« Ce sentiment, seuls les poissons d’argent le connaissent . » 
Deuxième vers :
«Dans une vie prochaine je crains de figurer parmi les poissons d’argent »

Je ne comprends pas ce que signifie cette expression « poissons d’argent » .Je consulte donc des dictionnaires et des amis, les réponses sont  diverses  et variées.
Un ami m ‘a dit que par l’expression « poisson d’argent », on fait allusion à l’intelligence, à la générosité, et à la noblesse même. Si c’est cela, on ne pourra pas expliquer pourquoi nos deux anciens poètes avaient peur d’être poisson d’argent.
Un autre ami a trouvé quelque part une explication contraire : le poisson d’argent signifie insecte nuisible, ver qui ronge le bois et les vêtements. Cette explication me paraît dans la logique des deux vers que nous avons cités ci-dessus et s’applique bien à l’état d’esprit des deux anciens poètes.

.....Mais je reste sur ma faim, m’interrogeant : pourquoi le traducteur du recueil utilise cette expression « poisson d’argent » qui prête à confusion.



Chers lecteurs , qu’en pensez-vous ?

lundi 13 juillet 2020

A PROPOS DU PAPIER DE RIZ - 3

Suite et fin...
Bertrand V : J’ai cherché à Paris comme à Genève du bon papier de riz, j’ ai trouvé plusieurs produits chinois : 
Wenzhoupizhi 温州皮纸 qui est très blanc et solide, mais il nabsorbe presque pas l’eau. L’encre doit rester très longtemps sur le papier pour sécher.

温州皮纸 - Wenzhoupizhi


2 Jiugongzhi 九宫纸 de couleur jaune paille, format A3, rayé et divisé en 24 carrés, chacun étant  divisé en 9 petits carrés .

Mizigezhi 米字格纸   aussi de couleur jaune paille, format A3, divisé en 4 petits carrés traversés par deux lignes diagonales.


米字格纸 - Mizigezhi


Pourriez-vous parler de ces papiers ?

Shi Bo : J’ai essayé une fois chez un ami calligraphe Wenzhoupizhi 温州皮纸dont la texture est très serrée : il n’absorbe presque pas lencre, on narrive pas à avoir leffet du développement de lencre sur le papier 云烟状, c’est très frustrant. En fait c’est un papier industriel pas cher et il faut dire que mon pinceau ne l’aime pas beaucoup !

Quant à Jiugongzhi  九宫纸  et  Mizigezhi 米字格纸, très jaunes, relativement grossiers, ils conviennent assez bien pour les débutants qui n’en sont pas encore à l’étape de créer des œuvres qui exigent un bon papier.

Bertrand V : Quelles sont les exigences à propos des couleurs du papier de riz ?

Shi Bo : 
Le Xuanzhi  traditionnel est blanc. Mais quand on regarde plus attentivement, on constate que ce blanc présente beaucoup de nuances. 
Le Wenzhoupizhi 温州皮纸 dont vous avez parlé est trop blanc pour être doux. Il est tellement pâle que les calligraphes ne le choisissent pas pour créer leurs œuvres car ils le trouvent blafard.
Le papier de riz de couleur paille paraît trop brut, il n’est pas noble, d’ailleurs il est souvent très râpeux, de qualité médiocre.
Le meilleur xuanzhi  blanc est en fait d’un jaune ivoire qui offre une douceur aux yeux. C’est un blanc noble que les calligraphes recherchent.
Il y a aussi des papiers pré-imprimés de motifs traditionnels, et mouchetés d’or ou d’argent, on a l’embarras de choix. Chez moi j’en conserve toujours une vingtaine de haute qualité.

Bertrand V : Est-ce que l’épaisseur du papier a  aussi une influence sur le choix des calligraphes chinois ?

Shi Bo : Bien sûr. 
Le Xuanzhi épais et renforcé, destiné à un usage spécifique ( par exemple pour créer une œuvre qui ne doit pas être marouflée ) est généralement fragile, facile à casser ; 
Le Xuanzhi  léger est bien mince et doux, semi-transparent et pourtant résistant, il est très utilisé par les artistes qui voyagent beaucoup dans la nature pour faire des croquis ou brouillons.
Depuis l’époque où je travaillais sous la houlette de mon maître Xia, j’utilise toujours du Shengxuanzhi 生宣纸 ni épais ni mince, de la marque 金鹿 (cerf doré ) qui me convient dans ma création.
金鹿 - cerf doré

Bertrand V : Il y a une dizaine dannées, j’apprenais la calligraphie avec un professeur âgé venu de Hong Kong ; il mavait dit que le bon papier de riz a deux côtés : lun est lisse, lautre râpeux, il les appelait 正面 lendroit et 反面 lenvers. Il calligraphiait toujours sur l’envers car, disait-il, la face râpeuse donnait la sensation du mouvement de l’énergie des doigts qui tenaient le pinceau. Est-ce vrai ?

Shi Bo : En général, on aime travailler sur l’endroit qui est lisse et où le pinceau sillonne joyeusement, sans résistance du papier. Mais ce que ton maître hongkongais avait dit se produit aussi chez moi : quand l’émotion est longuement préparée à un point bien élevé, cette résistance du papier au pinceau peut aider à mettre en valeur la dextérité du poignet du calligraphe.
Et puis, si le papier est très râpeux, quand le pinceau vole rapidement dessus, on peut créer de très beaux feibai 飞白 ( le blanc s’envole dans le noir ) recherchés et appréciés par tous les calligraphes chinois, car le feibai 飞白 donne beaucoup d’espace à l’imagination esthétique chez les « calligraphiles »

Bertrand V : J’ai appris beaucoup de choses auprès de vous, merci sincèrement !


samedi 4 juillet 2020

A PROPOS DU PAPIER DE RIZ - 2

Bertrand V : Pourriez-vous me parler un peu de ces différentes capacités d’absorption de l’encre ?
Shi Bo : Avec plaisir. 
Dabord shuxuanzhi 熟宣纸 qui contient le plus dalun, est le moins capable d’absorber l’eau de l’encre ; sa surface est généralement bien lisse, brillante et un peu glissante. De ce fait, il n’est pas bon pour la peinture et la calligraphie. Mais il est bien apprécié pour faire le style gongbihua工笔画  -- peinture de facture minutieuse -- et le croquis à l’encre épaisse.
gongbihua工笔画

Ensuite shengxuanzhi 生宣纸 qui possède une forte capacité dabsorption de l’eau de lencre est, par conséquent, bien apprécié par les peintres et les calligraphes chinois qui sont maîtres de la technique de l’effet flou ( 氤氲云烟之状) provoqué par cette absorption.  
Shengxuanzhi 生宣纸 peut merveilleusement répondre à leur goût  dans leur recherche de la perfection. 

Enfin banshuxuanzhi 半熟宣纸 dont la capacité d’absorption de leau se situe entre les deux catégories précédentes, est plutôt destiné aux écoliers et aux apprentis dart chinois, car ce papier nexige pas une grande maîtrise du pinceau.

Bertrand V : Nos Occidentaux doivent-ils donc choisir la deuxième catégorie pour faire leur exercice pictural et calligraphique ?

Shi Bo : Oui bien sûr ! En plus c’est agréable quand le pinceau sillonne librement sur ce genre de papier. Pourtant, Shengxuanzhi 生宣纸 est relativement cher, surtout ceux de bonnes marques qui sont ici en France très rares. 

Personnellement, je n’utilise que Shengxuanzhi 生宣纸 qui me procure un grand plaisir.

                                                                                                         (A SUIVRE...)

vendredi 19 juin 2020

A PROPOS DU PAPIER DE RIZ - 1

话说宣纸
A propos du papier de riz Xuanzhi

Pendant le long confinement contre le Coronavirus, jai reçu un e-mail venu de Suisse. Monsieur Bertrand V, auteur de cette missive électronique, m’a posé une dizaine de questions sur le papier Xuanzhi 宣纸


Voici nos échanges sur ce sujet :

Bertrand V : Est-ce que la Chine est le seul pays producteur du papier Xuanzhi ?

Shi Bo : D’abord un peu d’historique me paraît nécessaire. Le papier Xuanzhi a été inventé et produit au 8e siècle sous la Dynastie Tang, dans le district Xuan d’où son nom Xuanzhi. De ce fait, on peut affirmer que la Chine est le seul pays producteur d’authentique  Xuanzhi.
Mais dans l’histoire du Xuanzhi , on constate que beaucoup d’autres districts chinois se sont spécialisés au fur et à mesure dans la production de ce papier apprécié des peintres et calligraphes chinois. Puis à l’époque des Dynasties des Yuan et des Ming, avec l’essor des échanges d’étudiants et de religieux, le Japon, la Corée et le Vietnam commencèrent à maîtriser cette technique de production , beaucoup de variétés de papier se bousculaient alors sur le marché. Pourtant, ces nombreux produits se faisaient toujours appeler Xuanzhi .

Bertrand V : J’ai acheté ici et là différents papiers Xuanzhi dont la qualité est nettement différente. Cela a une grande influence sur mon travail calligraphique.
 Qu’en pensez-vous ?

Shi Bo : En effet, chaque atelier fabrique son produit avec sa qualité spécifique. Mais globalement il existe trois catégories de Xuanzhi .

Première catégorie, 
shuxuanzhi  熟宣纸 ( 3 ) , xuanzhi « mûr », 

Deuxième catégorie, 
shengxuan 生宣纸 ( 4 )  xuanzhi « cru »


Troisième catégorie, 
banshuxuan 半熟宣纸  xuanzhi « demi mûr »

L’écorce de santal vert, la paille de riz, le coton et le bambou constituent les principales matières premières dans la fabrication de Xuanzhi . Mais on y ajoute plus ou moins d’alun et d’autres éléments minéraux, ce qui donne différents caractères au produit : capacité d’absorption, couleur, épaisseur…
Le caractère le plus important du Xuanzhi  est la capacité d’absorption de l’eau ( encre en l’occurrence ) que les peintres et calligraphes chinois recherchent depuis toujours et la beauté des arts chinois réside précisément dans les différentes capacités d’absorption.                                                            
                                                                                                    (A SUIVRE)

lundi 1 juin 2020

COMPOSITIONS POETIQUES NÉES DU "CONFINEMENT" - 3

Suite et fin 
外邊世界很誘人
Dehors l’univers est bien séduisant
屋內墨香更寧靜
A la maison le parfum de l’encre épaissit le silence



6  
半杯紅酒吟新詞
Un demi verre de vin rouge avalé, je fredonne ma nouvelle composition poétique
窗外風雨潛夢鄉
Au-delà des fenêtres, vent et pluie s’infiltrent déjà dans mon rêve nostalgique





mardi 19 mai 2020

COMPOSITIONS POETIQUES NÉES DU "CONFINEMENT" - 2

3  
哪堪害蟲任猖狂
Comment peut-on tolérer le déchaînement du virus nuisible
滿城鳥鳴鬧春色
Partout en ville les oiseaux chantent les couleurs du printemps



4  


白衣临危救他人
Au risque de leur vie
nos Blouses blanches se consacrent à sauver les autres
敢冒风险真英雄
Se moquant courageusement des risques 
elles manifestent leur âme de véritable héros


(A suivre....)

mardi 12 mai 2020

COMPOSITIONS POETIQUES NÉES DU "CONFINEMENT" - 1

Le confinement à Paris et à travers toute la France a commencé le 17 mars 2020 pour endiguer le coronavirus qui sévit un peu partout dans le monde.
Qui dit confinement dit "enfermé entre quatre murs" : coupé du monde. Dès lors je vivais donc dans mon petit nid entre mes livres. Cela m’a permis beaucoup de méditation et de réflexion. D’où une composition poétique à l’ancienne. 
Avec beaucoup de plaisir je calligraphiais tous les jours ces compositions quotidiennes. En voici quelques extraits avec la traduction française :

1    
花都空城人踪稀
La capitale des fleurs s’est vidée de ses admirateurs.
天高云淡任鸟飞
Dans le ciel quelques traînées de nuages blancs amusent les oiseaux



2    
圍城巷空閒時多
Ville confinée, abondants sont les moments oisifs
清茶一盃伴翰墨
Une tasse de thé accompagne mon pinceau et mon encre


(à suivre)

dimanche 3 mai 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 8 - FIN.

Serrement et relâchement
Elisabeth B. : Vous me parlez souvent du couple d’oppositions « serrement et relâchement », pouvez-vous développer cette conception qui me paraît importante dans la calligraphie ?

Serrement et relachement 緊和松
Shi Bo : Volontiers. L’harmonie d’une œuvre calligraphique entre le serrement et le relâchement 緊和松 des traits me paraît primordiale. Si tous les traits d’une calligraphie sont serrés, l’oeuvre sera trop musclée, trop rigide, trop étriquée, donc démunie de mouvement gracieux, alors que si tous les traits d’une calligraphie sont trop relâchés et trop expansifs, l’œuvre sera obèse, encombrante et très fade. D’où ma conception : tous les idéogrammes calligraphiés doivent être compacts, avec quelques traits en expansion à bonne dose. Ainsi l’œuvre sera délicieuse pour les regards experts et attentifs.
On a tendance à croire que plus les traits embrassent d’espace vide, plus l’œuvre calligraphique semble à l’aise. Bien au contraire, trop de vide blanc dans une telle œuvre perd la possibilité  de vibration du mouvement des traits, car le trop blanc laisse le néant tout avaler et tout engloutir. Résultat : l’oeuvre n’arrive plus à envoyer des vibrations esthétiques au regard. 

Le rôle des points 
le mot "vague" 


SHI  Bo : A propos des vibrations calligraphiques, j’aimerais attirer ton attention sur le rôle des points. Tu sais que dans la composition des idéogrammes chinois il existe plusieurs formes de points, par exemple « points en couple » , « trois points d’eau » 三点水, « deux points en forme de deux jambes » qui soutiennent toute la structure, et « quatre points du feu », etc. Sur le plan esthétique, ces points bien réalisés peuvent offrir beaucoup de mouvement et d’ondulations , donc beaucoup de beauté à l’œuvre calligraphique et par conséquent faire vibrer la corde émotionnelle. 

三点水
Quand on regarde un tableau dans son ensemble, les points sautillent comme des gouttes d’eau tombées sur la surface du lac, comme des vagues ondulantes, comme un petit ruisseau qui coule tranquillement…
Elisabeth B. : Depuis longtemps j’ai remarqué que vos différents points sont très étudiés et nuancés, donc très gracieux et émouvants. J’ai beaucoup admiré votre rouleau du poème « Le ruisseau des fleurs de pêcher »《桃花溪》

桃花溪
 de Zhang Xu où partout les idéogrammes ondulent grâce aux différents points qui dansent  harmonieusement.

Shi Bo : Je me rappelle qu’ au début de chaque cours mon maître Xia m’avait fait travailler les points, en grand format comme en petit. De temps en temps, fort ému, il m’invitait à faire danser mon pinceau avec le sien pour calligraphier des points. Il répétait souvent que les points devaient être gracieux, vifs et doux. Cette conception me guide toujours dans mon exercice de perfection.
Elisabeth B. : Vous êtes spécialiste de l’art des points !
"éclat de rire"

Shi Bo : Comme nous l’avons dit dès le début, comment bien calligraphier est un important et vaste sujet. Aujourd’hui nous avons abordé l’essentiel, on pourra en parler une autre fois.
Elisabeth B : Avec grand plaisir ! Merci beaucoup !

mardi 21 avril 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 8 - (SUITE)

Elisabeth B. : Comment les calligraphes chinois préparent-ils cette émotion "fermentée à point" ?

SHI Bo : Chez nos anciens, aussi bien Wang Xizhi, Wang Wei, Tao Yuanming, Li Bai que Du Fu, Huai Su et Zhao Mengfu, le vin leur servait de ferment idéal !

A notre époque le bon thé remplace le plus souvent le vin. Quant à moi, avant de me lancer, je bois toujours plusieurs tasses de thé chaud dans le silence ; le thé chaud et le silence m’aident à trouver l’intuition et la bonne émotion esthétique.

Elisabeth B. : Je vous comprends parfaitement. D’ailleurs mon professeur de peinture dit souvent comme vous.

SHI Bo : Concrètement parlant, le premier critère de la beauté de l’œuvre calligraphique est de voir si la création est animée d’émotion (3). Regardant une belle œuvre  avec recul, on peut sentir si elle diffuse ou transmet une forte sensation heureuse, plaisante ou apaisante. A ce moment-là on peut dire qu’elle est réussie.

Elisabeth B. : vous m’avez souvent dit cela. Mais comment peut-on atteindre ce niveau ?

La Beauté réside dans le mouvement !

SHI Bo : On peut atteindre ce niveau à travers de nombreux exercices sur la disposition de chaque trait et de chaque mot. Cela veut dire que l’expérience joue un rôle important . Plus ton pinceau est "âgé", mieux est cette disposition ! Par exemple lorsque tu traces un trait allongé avec exagération, ou bien un mot tout petit aux traits très fins ; tout cela est certes technique, mais ce procédé demande une ingénieuse conception calligraphique et aide beaucoup à donner à l’œuvre du mouvement, de  l’énergie et de l’élégance.
Elisabeth B. : C’est ce que vous  dites souvent : la beauté réside dans le mouvement 
 美出于动 



SHI Bo : Tout à fait.

Et puis, la philosophie chinoise exige qu’une belle œuvre calligraphique soit absolument  harmonieuse à tous points de vue : harmonie entre le noir de l’encre et le blanc du papier, entre les lignes elles-mêmes, entre le début et la fin, entre le haut et le bas, et surtout entre le mouvement et la stabilité des traits. Cette dernière harmonie est un grand sujet qui mérite un peu de développement.

Elisabeth B. : Je vous en prie.

SHI Bo : Les traits qui peuvent donner l’impression du mouvement sont des  tracés tantôt vigoureux et épais, tantôt fins mais très sûrs. L’auteur les alterne savamment dans une même œuvre, sur une même colonne de mots, et  surtout dans le même idéogramme ; cela éblouit le regard, on sent donc beaucoup de vibration dans l’art calligraphique, car cette alternance est riche en mouvements esthétiques. 

Accordons maintenant un moment à ce phénomène technique dit en chinois feibai 飛白qui est abondamment et ingénieusement utilisé par nos grands maîtres de calligraphie. Je traduis ce concept feibai en français par :
« voltigement du blanc ». 
Lorsqu’on dose bien la quantité d’encre retenue par les poils du pinceau, on peut réaliser de splendides voltigements du blanc dans l’encre noire posée sur le papier de riz. 
    
飛白

Le mouvement calligraphique ainsi réalisé offre alors une très grande beauté, qui émeut et qui vibre forcément sur la corde émotionnelle du spectateur. 

Cette vibration heureuse est vraiment très recherchée et particulièrement appréciée par les experts de calligraphie. 

On apprend cette technique dans l'exercice d'une pratique inlassablement répétée. 

"Paris ne s’est pas bâti en un seul jour !"
                                

                              (à suivre...)