Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
L'administratrice : Sérénité'art

mardi 18 septembre 2018

L'IMMORTEL POETE LI BAI QUE JE VÉNÈRE - 3


Toujours en ivresse

Durant toute sa vie, l’Immortel poète Li Bai n’aima pas fréquenter la haute société, il n’assuma qu’une seule fonction officielle en tant qu’académicien impérial, d’autant plus qu’il ne resta à ce poste que pendant un an. Le reste de sa vie, le poète errait tout le temps entre montagnes et fleuves, une petite gourde remplie de liqueur accrochée à la ceinture lui restant toujours fidèle. Les archives disent que Li Bai composait ses poèmes sous l’émotion fermentée et aiguisée par l’alcool, lui-même dit cette phrase célèbre : « un boisseau d’alcool avalé, mille poèmes fermentés » ( 斗酒诗千篇 ).
L’ivresse était pour lui la meilleure source de création poétique. Li Bai nous laissa de nombreux poèmes sur ce sujet. Voyons-en quelques-uns :

                                                        月下独酌

hua jian yi hu jiu    du zhuo wu xiang qin
花间一壶酒    独酌无相亲
ju bei yao ming yue    dui ying cheng san ren
举杯邀明月    对影成三人
yue ji bu jie yin    ying tu sui wo shen
月既不解饮    影徒随我身
zan ban yue dui ying    xing le xu ji chun
暂伴月对影    行乐须及春
wo ge yue pai huai    wo wu ying ling luan
我歌月徘徊    我舞影零乱
xing shi tong jiao huan    zui hou ge fen san
醒时同交欢    醉后各分散
yong jie wu qing you    xiqng qi miao yun han
永结无情游    相期邈云汉

Seul devant ma coupe au clair de lune

Entouré des fleurs devant ma coupe
Je bois dans la solitude
Je lève mon verre vers la lune
Trinquons à nous trois
Lune, mon ombre et moi
La lune ne descend pas boire
Mon ombre ne sait que me suivre
La lune et mon ombre m’accompagent pour l’instant
Profitons du printemps pour nous laisser aller à l’allégresse
Lorsque je chante la lune flâne
Quand je danse mon ombre zigzague
Amusons-nous ensemble au moment de mon éveil
Avant que l’ivresse ne nous sépare
Promettons-nous un amour éternel
Même si les nuages finissent par nous disperser
          ----------------
                                                          将进酒

钟鼓馔玉不足贵
但愿长醉不复醒
古来圣贤皆寂寞
惟有饮者留其名
(摘句)
 ----------------
Invitation à boire de l’alcool

( Extraits)

Les grands banquets aux accents
des tambours et des cloches ne valent rien
pourvu que je reste toujours sous l’ivresse
sans jamais me réveiller
Depuis que le monde est monde
Les sages sont toujours éphémères
Seuls les gens qui boivent du vin
laissent leurs noms à jamais

----------

Au crépuscule de sa vie........
Vers la fin de sa vie, Li Bai, fatigué par ses incessants voyages par monts et par vaux, chercha un endroit pour s’installer définitivement. Il finit par être accepté par son oncle Li Bingyang, préfet du district Dangtu, dans la province de l’An-hui. Sur son chemin il passa par la ville Baidi, sur le grand fleuve bleu et laissa un poème exceptionnel :

zao fa bai di cheng
早发白帝城

zhao ci bai di cai yun jian
朝辞白帝彩云间
qian li jiang ling yi ri huan
千里江陵一日还
liang an yuan sheng ti bu zhu
两岸猿声啼不住
qing zhou yi guo wan chong shan
轻舟已过万重山

Partir au petit matin de la ville de Baidi

Je quitte à l’aube la ville Baidi baignée
dans les nuages multicolores
Et me voilà au crépuscule à Jiangling
Mille li déjà parcourus
Les cris de grands singes ne cessent de résonner
dans les montagnes des deux rives
Mon bateau léger file parmi dix mille défilés

Ce poème fut presqu’un résumé de sa vie qui, comme un léger bateau, se jeta dans le précipice du long cours du temps. Il se sentait alors près du point final de son séjour sur ce monde.
En effet, il arriva chez son oncle en hiver de l’an 761, et six mois après il mourut d’une longue maladie, en nous laissant 1010 poèmes. En Chine, récemment , une maison d’édition a édité ces 1010 poèmes en 25 volumes.
J’aime ce grand Immortel épris de liberté et bien extravagant qui ne consomma pas avec modération ni le vin et ni la poésie.

dimanche 9 septembre 2018

L'IMMORTEL POETE LI BAI QUE JE VÉNÈRE 2


Fidélité à ses amis
Li Bai était un homme fidèle à ses nombreux amis rencontrés tout au long de sa vie. Son amitié avec un autre ténor poétique de l’époque, Meng Haoran était bien émouvante.
Né en 680, Meng Haoran, aîné de Li Bai de plus de 21 ans, était aussi un maître des poèmes Montagnes-Eaux. Quand il errait entre 727 et 736, dans la province du Hubei, Li Bai y passait aussi un long séjour. Ce fut ainsi que ces deux grands poètes se croisèrent et se fréquentèrent. Meng Haoran voua une grande admiration à l’esprit ouvert de Li Bai  alors que ce dernier tomba sous le charme de la brillante description poétique du silence de Meng Haoran .
Voyons un poème que Li Bai offrit à son ami :
赠孟浩然
吾爱孟夫子
风流天下闻
红颜弃轩冕
白首卧松云
醉月频中圣
迷花不事君
离山安可仰
徒此揖清芬


Poème écrit à Meng Haoran
J’aime le maître Meng
Tout le monde admire son élégance
Dans la haute société
il rejette la belle couronne de fonctionnaire
préférant dormir avec ses cheveux blancs
 sous les nuages et les pins
Ivre sous la lune
Il ose quitter le monarque
pour s’adonner à l’admiration des fleurs
comment peut-on ne pas se plier respectueusement
devant cette haute qualité ?
Je retire mon chapeau devant sa brillante moralité

Li Bai ne s’arrêta pas là dans son admiration pour Meng Haoran : quand ce dernier quitta le Hubei pour reprendre son voyage vers l’est de l’empire chinois, il salua son départ avec ce poème encore très connu de nos jours :
Au pavillon de la grue jaune :
adieu à Meng Haoran qui part pour Guangling 
黄鹤楼送孟浩然之广陵

故人西辞黄鹤楼
烟花三月下扬州
孤帆远影碧空尽
唯见长江天际流

Je suis sûr que tous les sinologues français aiment ce poème, mes lecteurs n’auront aucune peine à trouver la traduction française de ce texte. D’ailleurs moi-même ai aussi traduit ce poème que l’on peut trouver dans  : Passion à l’encre, page 229. (voir dans la marge)
(à suivre)

mardi 28 août 2018

L'IMMORTEL POETE LI BAI QUE JE VÉNÈRE - 1


诗仙李白之永恒

L’Immortel poète Li Bai que je vénère

Au firmament de la poésie chinoise brillent de multiples étoiles-poètes qui nous séduisent, nous éclairent et nous charment par leurs créations poétiques éternelles. Parmi cette pléiade de grands hommes et femmes, j’ai une admiration particulière pour Li Bai réputé comme « Immortel».
Li Bai est né en 701, dans une petite ville de Kirghizistan en Asie centrale. En effet, à cette époque-là son père y était accrédité, par la cour impériale, en tant que commandant de la garnison militaire, le Kirghizistan étant un territoire appartenant à l’empire de la dynastie des Tang.
Quand Li Bai avait 4 ans, son père fut rappelé par l’empereur et fut nommé gouverneur du district Changlong (aujourd’hui la ville Jiangyou dans la province du Sichuan). Li Bai y passa son enfance et son adolescence.
D’un caractère insoumis, Li Bai commença très jeune ses multiples voyages à travers l’immense territoire de l’empire des Tang, tissant ainsi des liens avec de nombreux lettrés de haut rang. Ses vagabondages lui permirent de visiter de beaux sites historiques et culturels, ce qui lui donna une profonde inspiration poétique.  En lisant ses nombreux poèmes qui nous émeuvent encore aujourd’hui, on peut sentir le silence qui règne dans l’immensité des montagnes et des fleuves.
Ode au profond silence de la nature
Li Bai, tous les Chinois ou presque connaissent ce nom grâce à ses poèmes éternels.
Aussi appelé Ermite du Lotus bleu ( 青莲居士) , il cherchait le silence et la sérénité dans la nature ( montagnes et eaux ) et durant toute sa vie en errance à travers la Chine, il composa de nombreux poèmes pour chanter le silence du paysage. Par conséquent, les spécialistes de la poésie chinoise sont unanimes pour dire que Li Bai est un grand maître de la description poétique du silence de la nature, certains vont même jusqu’à affirmer que Li Bai est l’un des premiers initiateurs de la poésie Montagnes-Eaux ( 山水诗 ) . 
Dans ses poèmes chantant les louanges du silence, on pourrait presqu’entendre le murmure du silence. Voyons quelques exemples :

Pensée nocturne

夜思
床前明月光,
疑是地上霜。
舉頭望明月,
低頭思故鄉。


Devant mon lit, le clair de la lune
Le sol paraît couvert de givre
Tête levée, je contemple la lune
Tête baissée, je pense à mon pays natal
Deux pages de "Passion a l'encre" de shi Bo et Elisabeth Bourgeas.

Dans ce poème, il n’y a que le clair de la lune devant les yeux de l’auteur et le pays natal dans sa tête.
Paysage limpide.
Aucun bruit.
Silence profond 
Assis seul devant le mont Jingting



独 坐 敬 亭 山
众鸟高飞尽    
孤云独去闲
相看两不厌    
只有敬亭山




Les oiseaux s’éloignent très haut et disparaissent
Un nuage solitaire s’efface avec nonchalance
Le mont et l’homme se contemplent sans cesse
Je sens que seul existe le mont Jingting

Ce poème nous offre un paysage plein de mouvements ( les oiseaux s’éloignent et un nuage s’efface ), mais aucun bruit, tout est figé dans le silence absolu qui relie l’homme au mont Jingting. Il semble que l’homme sombre dans la profondeur du silence.

samedi 18 août 2018

MES EXERCICES CALLIGRAPHIQUES - 58


姑蘇城外寒山寺
夜半鐘聲到客船
En dehors de la ville de Gu Su 
se dresse le temple de Hanshan
A minuit le tintement de sa cloche
Parvient jusqu’à ma barque.







lundi 6 août 2018

CE MYSTERIEUX LANTINGXU DE WANG XIZHI 王羲之的兰亭序之谜 - 3

Préface au Recueil du Pavillon Lanting

Les 324 mots de ce rarissime texte furent calligraphiés par le Saint Calligraphe Wang Xizhi sur la soie, avec un pinceau fait de moustache de blaireau. Très ému et enthousiaste, ivre de la senteur du printemps, l’auteur était alors au sommet de son art esthétique et s’exprimait au gré de la danse gracieuse du pinceau ; il créa ainsi un chef-d’œuvre qui ne fut jamais égalé .

L’empereur Taizhong était un collectionneur passionné des œuvres du grand Maître Wang Xizhi, il possédait 290 feuilles du kaishu de Wang  (marouflées en 70 rouleaux), et 2000 feuilles de l’herbe folle du maître (marouflées en 80 rouleaux).


Autre extrait d'une Calligraphie de Wang Xizhi : Les dignitaires provinciaux - style cursif.
 Mais le monarque n’avait jamais possédé la Préface au Recueil du Pavillon Lanting.
L’empereur Taizhong rêvait de mettre la main sur ce chef-d’œuvre, il proposa un prix astronomique pour l’acheter, pourtant les descendants du maître refusaient toujours le lui céder.
En colère, l’empereur envoya donc des membres de la garnison du palais impérial pour arrêter le moine Zhiyong 智永和尚 qui se cachait dans une grotte dans la province du Zhejiang, Est de la Chine.
Les pourchasseurs trouvèrent enfin ses traces et envahirent la grotte, mais ils n’y trouvèrent toujours pas la Préface au Recueil du Pavillon Lanting.
Le moine se suicida.
Ainsi furent perdues à jamais les traces de la Préface au Recueil du Pavillon Lanting.

Modèle infiniment apprécié

La Préface au Recueil du Pavillon Lanting est considérée par tous les calligraphes comme le meilleur modèle à imiter et copier. 
De génération en génération, les calligraphes grands et petits passent inlassablement par l’imitation du style de cette Préface. Et au fil de l’histoire, on arrive à créer de nombreuses belles œuvres de ce texte.
Les collectionneurs apprécient beaucoup cette succession de créations calligraphiques, ils se font un plaisir d’en posséder plusieurs, ce qui encourage les calligraphes à continuer la création artistique en copiant la Préface au Recueil du Pavillon Lanting.


J’ ai moi-même calligraphié un grand nombre de fois la Préface dont une des premières copies est maintenant au Palais de la culture de la jeunesse de Shanghaï.

Récemment, j’ai calligraphié cette œuvre en plusieurs exemplaires sur le somptueux papier-soie doré, et luxueusement marouflés dans le style traditionnel chinois. Ces oeuvres d’art calligraphique sont maintenant chez moi, et tous ceux qui se passionnent pour l’art chinois sont les bienvenus pour les lire, les regarder et les admirer. 
(fin).

samedi 28 juillet 2018

CE MYSTERIEUX LANTINGXU DE WANG XIZHI 王羲之的兰亭序之谜 - 2

(suite)
.....C’est avec avidité et curiosité que j’ai lu et relu ces deux volumes intitulés 
« Complot meurtrier derrière Lantingxu » 
( 兰亭序杀局 ). 
Le leitmotiv est concentré sur l’envie de l’empereur Taizong des Tang de se procurer ce fameux Lantingxu, en envoyant ses gardes du corps à la poursuite de ceux qui furent supposés dépositaires du chef-d’œuvre.

Portrait de Taizong 

Pourquoi cet empereur voulait absolument trouver et posséder cette œuvre calligraphique ?
Raison apparente : l’empereur admirait follement l’art calligraphique de Wang Xizhi réputé comme « Saint de calligraphie », il le copiait, l’imitait inlassablement, même pendant ses déplacements  hors de la capitale impériale.
Raison cachée : sachant que le Lantingxu était en fait le manifeste d’une organisation politique secrète, l’empereur voulait coûte que coûte mettre la main sur cette organisation et la réduire en pièces.

Manifeste politique
En effet, Wang Xizhi ( 303-361 ) vivait une époque de bouleversements après la dynastie des Wei (220 – 265) et pendant la dynastie des Jin (265 – 420). Les insurrections paysannes déferlaient sur l’immense territoire de l’Empire du Milieu et la corruption rongeait ce corps impérial presque moribond. Le mécontentement allait grandissant.
Wang Xizhi assuma pendant quelques années les fonctions de secrétaire de l’armée droite du trône, déçu par le régime, il retourna dans son pays natal, avec un plan secret visant à changer la société.
Le 3 mars lunaire de la neuvième année du règne  Yonghe de l’empereur Mudi de la Dynastie des Jin de l’Est, à savoir en avril de l’an  353 de notre ère, Wang Xizhi et ses 6 fils ainsi que 35 amis tous lettrés se réunirent au Pavillon Lanting de Huiji pour célébrer la Fête Shangyi ( 上已节 ), une sorte de fête du printemps. En tout 42 participants à cette rencontre printanière, assis au bord de l’eau, fondèrent une organisation secrète sous le nom de Tianxingmeng 天刑盟 qui signifie Alliance de punition céleste. La Punition céleste était leur ligne directrice d’action : ils voulaient punir tout régime et toutes les politiques nuisibles à l’intérêt du pays. Dans leur registre politique furent inscrits ces quatre mots :替天行道   appliquer la raison au nom du Ciel.

Durant ce rassemblement, chaque participant composa un poème ; 42 poèmes furent ainsi réuni en « Recueil du Pavillon Lanting ». Wang Xizhi écrivit pour ce recueil un texte historiquement appelé « Préface au Recueil du Pavillon Lanting », à savoir le célèbre texte Lantingxu. 
Organisation de Tianxingmeng 天刑盟
Lorsqu’on lit attentivement le Lantingxu, on remarque facilement que parmi les 324 caractères du texte, il y a 20 caractères Zhi qu’il calligraphia de différentes façons.
En fait, il s’agit du secret de l’organisation de Tianxingmeng 天刑盟. Sur le plan organique, Tianxingmeng 天刑盟 avait un « gouverneur général » 本舵主qui était commandant en chef dont Wang Xizhi lui-même assuma les fonctions, secondé par 19 gouverneurs divisionnaires分舵主.
L’organisation secrète fit graver les 20 Zhi calligraphiés par Wang Xizhi en sceaux yin (en creux)  et en sceaux yang (en relief). En tant que gouverneur général, Wang Xizhi détenait le sceau yang et le sceau yin d’un premier Zhi , ainsi que les 19 autres sceaux yin, alors que les 19 gouverneurs divisionnaires possédaient chacun un sceau Zhi yang.
Lorsque le gouverneur général publiait un ordre d’action, les 19 gouverneurs divisionnaires venaient lui montrer leurs sceaux yang , si les sceaux yang s’identifiaient parfaitement avec les sceaux yin toujours dans les mains de Wang Xizhi, ils recevaient alors un certificat du pouvoir d’action.
Les archives montrent que les deux premiers gouverneurs généraux sont Wang Xizhi et après lui, son fils Wang Xianzhi qui était aussi un important calligraphe.
Un exemple de l'art de Wang Xianzhi

Toujours selon les archives historiques, le dernier gouverneur général dont on peut trouver les traces écrites est le moine Zhiyong 智永和尚 qui n’était autre qu’ un des descendants familiaux du premier gouverneur, son vrai nom civil était Wang Faji 王法及.
Le moine Zhiyong 智永和尚 était un important calligraphe, expert en style dit « herbe folle légère » 轻狂草书. Il fut pourchassé pendant de longues années par des gardes du corps du trône vêtus en noir玄甲卫, car il possédait l’original du célèbre texte Lantingxu.
L’organisation secrète de Tianxingmeng 天刑盟 se développa sous la dynastie des Tang, ses cadres furent en fait d’importants mandarins de la cour impériale, comme le célèbre Premier ministre Wei Zheng 魏徵 qui conseillait et osait critiquer l’empereur Taizhong.



                                                                                                      (à suivre.......)

mercredi 25 juillet 2018

CE MYSTERIEUX LANTINGXU DE WANG XIZHI 王羲之的兰亭序之谜 - 1 (à suivre)


Wang Xizhi...

Ce nom que tout le monde en Chine connaît, est éternellement gravé au brillant firmament de l’histoire de la calligraphie chinoise grâce à sa prodigieuse œuvre calligraphique 

Lantingxu (兰亭序).

 Ce chef-d’œuvre si gracieux, si majestueux, si mystérieux, est depuis son apparition sujet de vénérations et de louanges, on le considère de génération en génération comme le summum de l’art du xingshu ; on le recopie et on le reproduit inlassablement dans l’espoir de grimper sur ce chemin de calligraphie et d’atteindre un jour au sanctuaire de l’esthétique calligraphique.



Mais ce brillant aspect esthétique du Lantingxu cache un mystère. On se demande toujours pourquoi Wang Xizhi fit cette préface au recueil des poèmes écrits pendant le rassemblement d’un certain nombre de lettrés au bord d’un petit fleuve sinueux dont les deux rives étaient ombragées, sous le pavillon Lanting ; dans le district Huiji, province du Zhejiang, non loin de Shanghaï.

Fin 2017 et début 2018, profitant de mon séjour de convalescence à Pékin, j’ai parlé à mon fils de ce mystère Lantingxu. Il a fait des recherches sur Internet et grâce à sa gentillesse, j’ai pu me procurer un gros livre en deux volumes de plus de six cents pages concernant ce fameux Lantingxu.

Voici le texte de ce document que j'ai calligraphié de nombreuses fois, et sous différentes présentations, telles que rouleaux, éventail ou livre impérial.
Cliquer sur l'image pour l'agrandir.
L’auteur Wang Jueren, romancier-historien,  est déjà assez connu pour ses romans sur des personnages et des événements historiques, surtout sur plusieurs empereurs chinois. Il a consacré une dizaine d’années à découvrir et à suivre les traces de Lantingxu perdues  dans des montagnes de documents et d’archives qui ont pu survivre à la destructrice révolution culturelle du grand timonier Mao Zedong..

Ici : une reproduction d'un original de Wang Xizhi
Il s'agit d'un texte sur rouleau  ayant pour objet : les dignitaires provinciaux.
(38,6cm x 32cm)
(A suivre)


dimanche 15 juillet 2018

LA BRILLANTE LI QINGZHAO QUE JE VENERE


李清照的光辉
Au firmament de la longue histoire littéraire chinoise brillent de nombreuses femmes de lettres et poétesses. Mais je vénère spécialement Li Qingzhao, car, par la ressemblance de notre parcours culturel et social, je partage intimement sa mélancolie et sa détresse.
Li Qingzhao (1084 – 1151), est née dans une famille de hauts mandarins de la Dynastie des Song. Elle est certainement la plus brillante et la plus talentueuse poétesse de la littérature chinoise. Dès l’enfance elle reçut une bonne et rigoureuse éducation littéraire, picturale, musicale et calligraphique. Extrêmement intelligente et douée, elle commença son parcours poétique dès l’adolescence, elle déclama souvent ses écrits dans les milieux intellectuels de la capitale impériale .
A dix-huit ans, elle épousa l’académicien de la cour impériale, Zhao Mingcheng passionné d’antiquités. Avec l’aide de son mari, Li Qingzhao collectionna de nombreux poèmes, peintures et calligraphies ainsi que bronzes des époques lointaines.
Excellente spécialiste des poèmes rythmés – Lüshi 律诗, elle fut en même temps romancière, essayiste, archéologue et peintre reconnue de son époque. Par ailleurs elle était maître de calligraphie et experte des sculptures de bronze et de pierre.
En l’an 1127, les rebelles du nord du pays franchirent le grand fleuve bleu Yangtsé , livrèrent assaut à la capitale impériale et emprisonnèrent l’empereur Huizong –inventeur du célèbre style calligraphique dit « corps maigre en métal » 瘦金体. Li Qingzhao fut obligée de quitter la capitale impériale avec son mari qui, sur le chemin de l’exode vers le sud, tomba gravement malade et bientôt décéda, laissant sa femme seule à errer un peu partout à travers la campagne déserte.
Sur le chemin de vagabondage, elle fut attaquée maintes fois par des bandits et perdit toutes ses collections d’antiquités. Elle mourut dans la plus grande détresse et les privations absolues.
Li Qingzhao composa à peu près quinze volumes de poèmes Lüshi 律诗 dont un seul, intitulé « poèmes de jade », nous est parvenu, comme un défit aux vicissitudes du temps et de l’histoire.
Les Lüshi 律诗 de Li Qingzhao se distinguent, selon les spécialistes littéraires chinois, par un vocabulaire riche et nuancé aussi bien que par l’excellente syntaxe rythmée des mots. Elle aimait faire appel à la répétition adéquate et à l’abstraction inattendue des mots pour exprimer sa détresse et son amour mélancolique.
Ci-dessous, voici deux de ses nombreux Lüshi 律诗 reconnus comme des plus beaux :
-1-
一剪梅
紅藕(ou)香殘(can)玉簟(dian)
輕解羅裳
獨上蘭舟
雲中誰寄錦書來?
雁字回時
月滿西樓
花自飄零水自流
一種相思
兩處閒愁
此情無計可消除
才下眉頭
卻上心頭

Amour et mélancolie
--Chant sur la Brindille de Mume
Li Qingzhao

Le lotus rouge se fane
La natte verte de bambou annonce l’automne
Je défais doucement ma robe de soie
Et seule, saute dans la barque mouvante
Qui m’envoie un message à travers les nuages ?
Les oies sauvages sont déjà de retour
Mon pavillon d’ouest gémit au clair de lune
Rien n’arrête les pétales qui s’en vont au gré de l’eau
Si loin l’un de l’autre, un même amour nous tourmente
Rien ne peut apaiser cette douleur
qui se lisait déjà sur mon front qui se crispe
et commence maintenant à envahir mon cœur
-2-
聲聲慢
尋尋覓覓,冷冷清清,悽悽慘慘戚戚。
咋暖還寒時候,最難將息。
三杯兩盞淡酒,怎敵他晚來風急。
雁過也,正傷心,卻是舊時相識。
滿地黃花堆積,憔悴損,如今有誰堪摘?
守着窗兒,獨自怎生得黑?
梧桐更兼細雨,到黃昏點點滴滴。
這次第,怎一個愁字了得。


Poème à l’automne mélancolique
Li Qingzhao

Je cherche et cherche
Mais je ne trouve rien
Frileuse, malheureuse
Je suis désespérée,
attristée et affligée
par ce temps plutôt froid que chaud
il est difficile de me soigner
Avec deux ou trois coupes de vin léger
Puis-je affronter le vent glacial
qui se lève après la nuit tombée ?
Je m’afflige de voir ces oies sauvages, amies de jadis
passer au-dessus de ma tête
le sol jonché des pétales flétris
Qui vient ramasser ces fleurs fanées aujourd’hui ?
Seule à la fenêtre
Comment puis-je traverser cette nuit noire ?
Les feuilles de platane bruissent
Sous cette pluie fine, dans l’obscurité
Quelle tristesse
Qui m’envahit

Sans cesse !