Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
L'administratrice : Sérénité'art

samedi 4 juillet 2020

A PROPOS DU PAPIER DE RIZ - 2

Bertrand V : Pourriez-vous me parler un peu de ces différentes capacités d’absorption de l’encre ?
Shi Bo : Avec plaisir. 
Dabord shuxuanzhi 熟宣纸 qui contient le plus dalun, est le moins capable d’absorber l’eau de l’encre ; sa surface est généralement bien lisse, brillante et un peu glissante. De ce fait, il n’est pas bon pour la peinture et la calligraphie. Mais il est bien apprécié pour faire le style gongbihua工笔画  -- peinture de facture minutieuse -- et le croquis à l’encre épaisse.
gongbihua工笔画

Ensuite shengxuanzhi 生宣纸 qui possède une forte capacité dabsorption de l’eau de lencre est, par conséquent, bien apprécié par les peintres et les calligraphes chinois qui sont maîtres de la technique de l’effet flou ( 氤氲云烟之状) provoqué par cette absorption.  
Shengxuanzhi 生宣纸 peut merveilleusement répondre à leur goût  dans leur recherche de la perfection. 

Enfin banshuxuanzhi 半熟宣纸 dont la capacité d’absorption de leau se situe entre les deux catégories précédentes, est plutôt destiné aux écoliers et aux apprentis dart chinois, car ce papier nexige pas une grande maîtrise du pinceau.

Bertrand V : Nos Occidentaux doivent-ils donc choisir la deuxième catégorie pour faire leur exercice pictural et calligraphique ?

Shi Bo : Oui bien sûr ! En plus c’est agréable quand le pinceau sillonne librement sur ce genre de papier. Pourtant, Shengxuanzhi 生宣纸 est relativement cher, surtout ceux de bonnes marques qui sont ici en France très rares. 

Personnellement, je n’utilise que Shengxuanzhi 生宣纸 qui me procure un grand plaisir.

                                                                                                         (A SUIVRE...)

vendredi 19 juin 2020

A PROPOS DU PAPIER DE RIZ - 1

话说宣纸
A propos du papier de riz Xuanzhi

Pendant le long confinement contre le Coronavirus, jai reçu un e-mail venu de Suisse. Monsieur Bertrand V, auteur de cette missive électronique, m’a posé une dizaine de questions sur le papier Xuanzhi 宣纸


Voici nos échanges sur ce sujet :

Bertrand V : Est-ce que la Chine est le seul pays producteur du papier Xuanzhi ?

Shi Bo : D’abord un peu d’historique me paraît nécessaire. Le papier Xuanzhi a été inventé et produit au 8e siècle sous la Dynastie Tang, dans le district Xuan d’où son nom Xuanzhi. De ce fait, on peut affirmer que la Chine est le seul pays producteur d’authentique  Xuanzhi.
Mais dans l’histoire du Xuanzhi , on constate que beaucoup d’autres districts chinois se sont spécialisés au fur et à mesure dans la production de ce papier apprécié des peintres et calligraphes chinois. Puis à l’époque des Dynasties des Yuan et des Ming, avec l’essor des échanges d’étudiants et de religieux, le Japon, la Corée et le Vietnam commencèrent à maîtriser cette technique de production , beaucoup de variétés de papier se bousculaient alors sur le marché. Pourtant, ces nombreux produits se faisaient toujours appeler Xuanzhi .

Bertrand V : J’ai acheté ici et là différents papiers Xuanzhi dont la qualité est nettement différente. Cela a une grande influence sur mon travail calligraphique.
 Qu’en pensez-vous ?

Shi Bo : En effet, chaque atelier fabrique son produit avec sa qualité spécifique. Mais globalement il existe trois catégories de Xuanzhi .

Première catégorie, 
shuxuanzhi  熟宣纸 ( 3 ) , xuanzhi « mûr », 

Deuxième catégorie, 
shengxuan 生宣纸 ( 4 )  xuanzhi « cru »


Troisième catégorie, 
banshuxuan 半熟宣纸  xuanzhi « demi mûr »

L’écorce de santal vert, la paille de riz, le coton et le bambou constituent les principales matières premières dans la fabrication de Xuanzhi . Mais on y ajoute plus ou moins d’alun et d’autres éléments minéraux, ce qui donne différents caractères au produit : capacité d’absorption, couleur, épaisseur…
Le caractère le plus important du Xuanzhi  est la capacité d’absorption de l’eau ( encre en l’occurrence ) que les peintres et calligraphes chinois recherchent depuis toujours et la beauté des arts chinois réside précisément dans les différentes capacités d’absorption.                                                            
                                                                                                    (A SUIVRE)

lundi 1 juin 2020

COMPOSITIONS POETIQUES NÉES DU "CONFINEMENT" - 3

Suite et fin 
外邊世界很誘人
Dehors l’univers est bien séduisant
屋內墨香更寧靜
A la maison le parfum de l’encre épaissit le silence



6  
半杯紅酒吟新詞
Un demi verre de vin rouge avalé, je fredonne ma nouvelle composition poétique
窗外風雨潛夢鄉
Au-delà des fenêtres, vent et pluie s’infiltrent déjà dans mon rêve nostalgique





mardi 19 mai 2020

COMPOSITIONS POETIQUES NÉES DU "CONFINEMENT" - 2

3  
哪堪害蟲任猖狂
Comment peut-on tolérer le déchaînement du virus nuisible
滿城鳥鳴鬧春色
Partout en ville les oiseaux chantent les couleurs du printemps



4  


白衣临危救他人
Au risque de leur vie
nos Blouses blanches se consacrent à sauver les autres
敢冒风险真英雄
Se moquant courageusement des risques 
elles manifestent leur âme de véritable héros


(A suivre....)

mardi 12 mai 2020

COMPOSITIONS POETIQUES NÉES DU "CONFINEMENT" - 1

Le confinement à Paris et à travers toute la France a commencé le 17 mars 2020 pour endiguer le coronavirus qui sévit un peu partout dans le monde.
Qui dit confinement dit "enfermé entre quatre murs" : coupé du monde. Dès lors je vivais donc dans mon petit nid entre mes livres. Cela m’a permis beaucoup de méditation et de réflexion. D’où une composition poétique à l’ancienne. 
Avec beaucoup de plaisir je calligraphiais tous les jours ces compositions quotidiennes. En voici quelques extraits avec la traduction française :

1    
花都空城人踪稀
La capitale des fleurs s’est vidée de ses admirateurs.
天高云淡任鸟飞
Dans le ciel quelques traînées de nuages blancs amusent les oiseaux



2    
圍城巷空閒時多
Ville confinée, abondants sont les moments oisifs
清茶一盃伴翰墨
Une tasse de thé accompagne mon pinceau et mon encre


(à suivre)

dimanche 3 mai 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 8 - FIN.

Serrement et relâchement
Elisabeth B. : Vous me parlez souvent du couple d’oppositions « serrement et relâchement », pouvez-vous développer cette conception qui me paraît importante dans la calligraphie ?

Serrement et relachement 緊和松
Shi Bo : Volontiers. L’harmonie d’une œuvre calligraphique entre le serrement et le relâchement 緊和松 des traits me paraît primordiale. Si tous les traits d’une calligraphie sont serrés, l’oeuvre sera trop musclée, trop rigide, trop étriquée, donc démunie de mouvement gracieux, alors que si tous les traits d’une calligraphie sont trop relâchés et trop expansifs, l’œuvre sera obèse, encombrante et très fade. D’où ma conception : tous les idéogrammes calligraphiés doivent être compacts, avec quelques traits en expansion à bonne dose. Ainsi l’œuvre sera délicieuse pour les regards experts et attentifs.
On a tendance à croire que plus les traits embrassent d’espace vide, plus l’œuvre calligraphique semble à l’aise. Bien au contraire, trop de vide blanc dans une telle œuvre perd la possibilité  de vibration du mouvement des traits, car le trop blanc laisse le néant tout avaler et tout engloutir. Résultat : l’oeuvre n’arrive plus à envoyer des vibrations esthétiques au regard. 

Le rôle des points 
le mot "vague" 


SHI  Bo : A propos des vibrations calligraphiques, j’aimerais attirer ton attention sur le rôle des points. Tu sais que dans la composition des idéogrammes chinois il existe plusieurs formes de points, par exemple « points en couple » , « trois points d’eau » 三点水, « deux points en forme de deux jambes » qui soutiennent toute la structure, et « quatre points du feu », etc. Sur le plan esthétique, ces points bien réalisés peuvent offrir beaucoup de mouvement et d’ondulations , donc beaucoup de beauté à l’œuvre calligraphique et par conséquent faire vibrer la corde émotionnelle. 

三点水
Quand on regarde un tableau dans son ensemble, les points sautillent comme des gouttes d’eau tombées sur la surface du lac, comme des vagues ondulantes, comme un petit ruisseau qui coule tranquillement…
Elisabeth B. : Depuis longtemps j’ai remarqué que vos différents points sont très étudiés et nuancés, donc très gracieux et émouvants. J’ai beaucoup admiré votre rouleau du poème « Le ruisseau des fleurs de pêcher »《桃花溪》

桃花溪
 de Zhang Xu où partout les idéogrammes ondulent grâce aux différents points qui dansent  harmonieusement.

Shi Bo : Je me rappelle qu’ au début de chaque cours mon maître Xia m’avait fait travailler les points, en grand format comme en petit. De temps en temps, fort ému, il m’invitait à faire danser mon pinceau avec le sien pour calligraphier des points. Il répétait souvent que les points devaient être gracieux, vifs et doux. Cette conception me guide toujours dans mon exercice de perfection.
Elisabeth B. : Vous êtes spécialiste de l’art des points !
"éclat de rire"

Shi Bo : Comme nous l’avons dit dès le début, comment bien calligraphier est un important et vaste sujet. Aujourd’hui nous avons abordé l’essentiel, on pourra en parler une autre fois.
Elisabeth B : Avec grand plaisir ! Merci beaucoup !

mardi 21 avril 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 8 - (SUITE)

Elisabeth B. : Comment les calligraphes chinois préparent-ils cette émotion "fermentée à point" ?

SHI Bo : Chez nos anciens, aussi bien Wang Xizhi, Wang Wei, Tao Yuanming, Li Bai que Du Fu, Huai Su et Zhao Mengfu, le vin leur servait de ferment idéal !

A notre époque le bon thé remplace le plus souvent le vin. Quant à moi, avant de me lancer, je bois toujours plusieurs tasses de thé chaud dans le silence ; le thé chaud et le silence m’aident à trouver l’intuition et la bonne émotion esthétique.

Elisabeth B. : Je vous comprends parfaitement. D’ailleurs mon professeur de peinture dit souvent comme vous.

SHI Bo : Concrètement parlant, le premier critère de la beauté de l’œuvre calligraphique est de voir si la création est animée d’émotion (3). Regardant une belle œuvre  avec recul, on peut sentir si elle diffuse ou transmet une forte sensation heureuse, plaisante ou apaisante. A ce moment-là on peut dire qu’elle est réussie.

Elisabeth B. : vous m’avez souvent dit cela. Mais comment peut-on atteindre ce niveau ?

La Beauté réside dans le mouvement !

SHI Bo : On peut atteindre ce niveau à travers de nombreux exercices sur la disposition de chaque trait et de chaque mot. Cela veut dire que l’expérience joue un rôle important . Plus ton pinceau est "âgé", mieux est cette disposition ! Par exemple lorsque tu traces un trait allongé avec exagération, ou bien un mot tout petit aux traits très fins ; tout cela est certes technique, mais ce procédé demande une ingénieuse conception calligraphique et aide beaucoup à donner à l’œuvre du mouvement, de  l’énergie et de l’élégance.
Elisabeth B. : C’est ce que vous  dites souvent : la beauté réside dans le mouvement 
 美出于动 



SHI Bo : Tout à fait.

Et puis, la philosophie chinoise exige qu’une belle œuvre calligraphique soit absolument  harmonieuse à tous points de vue : harmonie entre le noir de l’encre et le blanc du papier, entre les lignes elles-mêmes, entre le début et la fin, entre le haut et le bas, et surtout entre le mouvement et la stabilité des traits. Cette dernière harmonie est un grand sujet qui mérite un peu de développement.

Elisabeth B. : Je vous en prie.

SHI Bo : Les traits qui peuvent donner l’impression du mouvement sont des  tracés tantôt vigoureux et épais, tantôt fins mais très sûrs. L’auteur les alterne savamment dans une même œuvre, sur une même colonne de mots, et  surtout dans le même idéogramme ; cela éblouit le regard, on sent donc beaucoup de vibration dans l’art calligraphique, car cette alternance est riche en mouvements esthétiques. 

Accordons maintenant un moment à ce phénomène technique dit en chinois feibai 飛白qui est abondamment et ingénieusement utilisé par nos grands maîtres de calligraphie. Je traduis ce concept feibai en français par :
« voltigement du blanc ». 
Lorsqu’on dose bien la quantité d’encre retenue par les poils du pinceau, on peut réaliser de splendides voltigements du blanc dans l’encre noire posée sur le papier de riz. 
    
飛白

Le mouvement calligraphique ainsi réalisé offre alors une très grande beauté, qui émeut et qui vibre forcément sur la corde émotionnelle du spectateur. 

Cette vibration heureuse est vraiment très recherchée et particulièrement appréciée par les experts de calligraphie. 

On apprend cette technique dans l'exercice d'une pratique inlassablement répétée. 

"Paris ne s’est pas bâti en un seul jour !"
                                

                              (à suivre...)

mardi 14 avril 2020

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE - 8

Comment bien calligraphier ?

怎样書法得美


Elisabeth B. : Bonjour Cher Professeur, je vais bientôt finir mon cursus de perfection ! Mes cours s’accélèrent sensiblement, cela m’aide énormément. Une question me tient à cœur : est-ce qu’il y a des règles ou quelques procédés pour “faire jolie la calligraphie ?”

SHI Bo : Oui, chaque chose a ses règles et « faire la belle calligraphie » ne fait pas exception. En fait, durant tant d’années de cours avec moi, tu as déjà appris et maîtrisé certaines règles de beauté calligraphique car je t’en ai parlé occasionnellement  tout au long de nos cours, par exemple : l’harmonie qui est un large sujet déterminant pour la beauté de l’œuvre.

Elisabeth B. : Certainement, l’harmonie entre les idéogrammes, entre le yin et le yang, entre traits charnus et traits légers…



Emotion mijotée “au bon point”
SHI Bo : Aujourd’hui, nous pouvons en parler de façon générale et un peu théorique. Je voudrais commencer par l’esprit qui est maître du pinceau. Je veux dire par là que la beauté de l’œuvre vient d’abord de la beauté de l’esprit de l’auteur. En termes concrets, l’état de l’esprit de l’auteur est décisif quant à la beauté de l’œuvre qu’il crée.
D’abord, “la beauté de l’esprit” signifie que l’esprit est "dans son meilleur état" . 
Tu sais que la création calligraphique est une expression artistique de l’émotion heureuse de l’artiste. Si cette émotion est bien mijotée jusqu’au bon point, le pinceau suivra mieux l’esprit. 
En chinois, on dit que 'l’esprit est ému à point'  :

心意到位


Mon Maître Xia me répétait souvent : "Si ton émotion n’est pas au point, il ne faut jamais forcer ton pinceau à danser".

C’est pourquoi avant de prendre le pinceau pour le faire danser sur le papier de riz, il faut préparer l’émotion qui monte et s’harmonise jusqu’à tel point qu’on se sente gagné d’une grande envie de commencer “la danse du pinceau à l’encre”. On éprouve alors un immense plaisir à calligraphier .

Si un jour tu n’es pas “dans ton assiette”, la sensibilité, l’inspiration et l’émotion seront “à plat” : alors il ne faut pas forcer ton pinceau à travailler.
Ensuite, l’état de l’esprit au bon point signifie aussi la sérénité : on se sent en harmonie  avec l’ambiance et avec soi-même. C’est la bonne condition de la belle création artistique. Quand on est serein, le pinceau l’est aussi , la communion, l’unisson, s’en suivent naturellement .... (à suivre)

vendredi 3 avril 2020

MES EXERCICES CALLIGRAPHIQUES


Actuellement, la vie étant perturbée par la propagation du coronavirus, je m’enferme des jours entiers dans mon petit nid où je passe le temps à lire, à calligraphier et à fredonner des poèmes de la Dynastie des Tang.

Quelques poèmes des Tang chantant le printemps me procurent beaucoup de plaisir dans cette vie désertique , monacale , cloîtrée entre quatre murs. 
Je ne cesse de lire et de réciter le poème de  Yu Liangshi ( 于良史 ) intitulé《春山夜月》( Montagne nocturne au printemps au clair de lune ). 
Les deux premiers vers m’envoûtent car ils traduisent bien mon état d’esprit actuel qui, désoeuvré,  aime errer sous la lueur de la lune. Emu par cette description lyrique, je fais appel à mon cher pinceau pour me lancer dans mon exercice calligraphique.  
春山多勝事
Au printemps la montagne emplie
de nombreuses merveilles

賞玩夜忘歸
J’en jouis jusque très tard dans la nuit
oubliant le retour


.... la suite du poème : 
....Les deux mains jointes je prends de l'eau 
et la lune est dans le creux de mes mains
Je caresse les fleurs
et mes vêtements en sont parfumés
Emporté par la joie
Je me moque de la longue route parcourue
Je regrette de quitter ces fleurs odorantes
Mes regards se dirigent vers le sud où la cloche résonne

Un pavillon se cache dans la verdure profonde !


jeudi 26 mars 2020

LI SHANGYIN - LETTRÉ FIDELE A SON AMOUR - Fin

Pour finir, voici un des nombreux poèmes que Li Shangyin écrivit après la mort de sa femme :
忆梅

定定住天涯
依依向物华
寒梅最堪恨
长做去年花

Pensée pour les fleurs de prunier

Je m’installe solidement au bout du monde 
Mais je m’attarde souvent auprès de ces fleurs
Les fleurs de prunier dans le froid sont à haïr
Elles s’épanouissent et disparaissent avec le printemps

Cliquer sur les images pour les agrandir....

L’auteur composa ce poème pendant son voyage dans les régions frontalières peu après la mort de sa femme. Il y resta longtemps. Lorsqu’il voyait les fleurs de prunier offrant leur splendeur dans le froid rigoureux et très rapidement se fanant avant les autres fleurs du printemps, il pensa à sa femme qui le quitta si jeune, 16 ans seulement après leur mariage. 
Photo MSG - mars 2020
Cette vive nostalgie se transforma en un regret aigu et amer qui frôlait la haine. On comprend facilement sa douleur perçant ses entrailles.

Li Shangyin est un des remarquables poètes des Tang que j’admire, tant pour ses excellentes créations poétiques que pour sa personnalité. Il représente la perfection littéraire et le fidèle amour qui animent l’âme des lettrés traditionnels chinois. Les quelques 1000 poèmes qu’il nous laissa constituent une partie des lectures qui accompagnent ma vie parisienne.

mardi 17 mars 2020

LI SHANGYIN - LETTRÉ FIDELE A SON AMOUR - (3)

Fidélité à son amour pour son épouse.

Ce que j’admire le plus chez ce poète de la Dynastie des Tang est sa fidélité à son amour pour son épouse. Durant ses voyages, il composa de nombreux poèmes en l’honneur de sa femme, pour lui exprimer ses profonds sentiments.
Voyons un exemple :

夜雨寄北

君问归期未有期
巴山夜雨涨秋池
何当共剪西窗烛
却话巴山夜雨时

( 4 )
La pluie nocturne envoyée au nord

Tu me demande la date de mon retour
Mais je n’ai pas cette date
La pluie nocturne dans la montagne Bashan
Fait déborder le lac automnal
Quand pourrons nous éteindre ensemble
La bougie qui brille près de la fenêtre ouest 
de notre chambre 
en te murmurant cette pluie à Bashan

Par cette nuit pluvieuse à Bashan dans le sud de l’empire, l ’auteur en voyage pensait fort à sa femme qui restait chez eux dans le nord du pays. Il n’eut pas la date de retour à lui annoncer, il exprima son fort désir de partager avec sa femme la même lumière de la bougie et la même douceur du murmure commun sur la pluie à Bashan. Quel profond amour pour son épouse !

Voyons un autre poème d’amour :

端居

远书归梦两悠悠
只有空床敌素秋
阶下青苔与红树
雨中寥落月中愁
( 5 )


Vie oisive
La missive lointaine tant et vainement attendue
 le retour chez moi si rêvé inutilement 
Seul réel est mon lit solitaire affrontant l’automne bien glacial
La pluie renforce ma solitude
Le clair de la lune accentue ma nostalgie

Toujours sur le chemin du voyage, l’auteur attendait la lettre de sa femme et rêvait de rentrer bientôt auprès d’elle, mais ce ne fut que illusoire, la pluie et la lune rendaient plus forte sa pensée pour sa femme...                                                                       (a suivre)