Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
L'administratrice : Sérénité'art

jeudi 18 juillet 2019

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE 5 -

Parlons de "shan shui hua"
问答山水画
(1)
Léa A :  Vous savez que j'adore les shan shui hua !  Je les aime car elles sont mystérieuses. Dans les dialogues calligraphiques, pouvez-vous prendre ma question pour parler plus en détails des shan shui hua? 

Shi Bo : Oui, bien sûr. Shan shui hua est un vaste sujet. Je ne la pratique plus depuis que je suis en France, car je ne trouve plus l’inspiration environnante. Mais tu peux me poser des questions concrètes auxquelles j’essayerai de répondre autant que je peux.

Léa A : parlez-moi tout d’abord des problèmes concrets : le support, la taille ,la technique de ces peintures à l'encre.

Shi Bo : Pour tous les peintres chinois traditionnels, le support n'est autre que le papier de riz qui absorbe et diffuse parfaitement lencre. 
Certains peintres, tels que Zhao Wuji - 赵无极- (Plus connu en France sous le nom de Zao Wou-Ki) essaient de combiner la peinture chinoise à la peinture occidentale, ils utilisent d’autres supports .
ZHAO WUJI (赵无极)- ici une peinture sur toile de très grande dimension

A propos de la taille, aucune règle nexiste, chacun peut choisir la dimension de son œuvre. En principe, shan shui hua se déploie verticalement ou horizontalement. Verticalement pour exprimer la profondeur de shan shui ( 山水- montagne et eaux) et horizontalement pour montrer l’immensité de shan shui.
Ce paysage de Shen Zhou : "vivre. dans les monts Fuchan " (1347/1350) mesure 33 x 885cm - Il est exposé à Pekin au Musée de la Cité Interdite. (La peinture Chinoise ed. Hazan)

Quant à la technique des peintures shan shui, c’est très compliqué et il est difficile de traiter ce sujet en quelques mots seulement. Ceux qui enseignent cette peinture en France ont chacun leur technique, il faut les suivre pas à pas durant des années. Cest un investissement de longue patience.

Léa A : Y a t il un ordre précis à respecter dans le processus de création ?

Shi Bo : Chaque maître a sa propre procédure. Par exemple, Shi Tao (石涛) aimait peindre dabord le grand contour  ( peindre limmensité) pour encadrer les détails ( exprimer la profondeur ) qui suivaient , 
Shi Tao - A l'écoute du ruisseau à donglu

alors que Zhang Daqian ( 张大千) commençait souvent par les détails pour finir par des coups de pinceau sur le contour du tableau. Mais ce n’est pas toujours cette règle qui régissait leur pinceau, chacun pouvait aussi procéder inversement.
Zhang Daqian 张大千)
                                     (à suivre...)

dimanche 30 juin 2019

A PROPOS DE LA TRADUCTION DE L'ANCIENNE POÉSIE CHINOISE EN FRANÇAIS (SUITE ET FIN)

--浅谈汉语古诗的法文翻译 (SUITE)
Maintenant regardons une traduction française d’un très célèbre poème chanté ( ) de Su Shi:

念奴嬌 (1)

赤壁( 2 )懷古

大江東去, 浪淘盡。
千古風流人物。
故壘西邊,人道是 :三國周郎(3)赤壁。
亂石崩雲,驚濤裂岸,卷起千堆雪
江山如畫,一時多少豪傑

遙想公瑾 ( 4 )當年,小喬( 5 )初嫁了,
雄姿英發。
羽扇綸巾( 6 ),談笑間,
檣櫓灰飛煙滅。
故國神遊,多情應笑我,
早生華髮。
人間如夢,一尊還江月

Ce célèbre poème chanté () incarne la grande intelligence et l’exceptionnel talent de l’éminent poète Su Shi ( Alias Su Dongpo). Il raconte une histoire célèbre, rendant hommage à un héroïque général stratège, je me permets de donner ci dessous quelques notes concernant  ce Ci () afin que mes lecteurs le comprennent mieux : 

Quelques notes :
( 1 ) 念奴娇Nian Nu Jiao est en fait le titre d’un ancien air pour chanter,
 c’est ce qu’on appelle en Chine Ci
( 2 ) 赤壁,falaise rouge, située au bord du grand Fleuve Bleu dans 
la province du Hubei, à côté de la cité Chibi. Vers la fin des Hans de l’Est 
(25 – 220), éclata ici au pied de la falaise une célèbre bataille fluviale entre le Royaume des Han de Cao Cao et le royaume des Wu de Sun Quan. Cette falaise est donc devenue un lieu historique.
( 3 ) 周朗 ( jeune homme Zhou ) s’appelait 周瑜 Zhou Yu, célèbre général envoyé par Sun Quan contre Cao Cao à la Falaise Rouge. Cette bataille fluviale opposait les troupes faibles de Zhu Yu aux troupes très puissantes de Cao Cao, mais le faible réduisit en cendres par son intelligente stratégie l’arrogant Cao Cao, d’où la célébrité de Zhou Yu dans l’histroire
( 4 ) 公瑾 n’est autre que 周瑜 Zhou Yu, ce célèbre et brave général de Sun Quan.
( 5 ) 小乔 est la plus belle jeune fille à l’époque de la fin des Hans de l’Est, elle épousa le général Zhou Yu juste un peu avant l’éclatement de la bataille de la Falaise Rouge
( 6 ) 羽扇綸巾 signifie l’éventail de plumes et le petit morceau de soie enroulé autour de la tête. 
Sachez que pendant la bataille de la Falaise Rouge, le général Zhou Yu portait sur sa tête un petit foulard de soie et qu'il tenait un éventail de plumes à la main. Il commandait la bataille tout en causant et plaisantant.

Voici la traduction que j’ai lue dans un beau livre intitulé : 
"Quand mon âme vagabonde en ces anciens royaumes "

Su Shi (1037 – 1101 )
SUR L’AIR DE SOUVENIR D’UNE GRACIEUSE ENFANT
Sur la Falaise Rouge pour évoquer le passé

Le grand fleuve vers l’est s’en va,
Que les vagues brassent jusqu’au fond,
A travers les âges le vent porte la gloire des hommes,
Ce vieux fort sur le côté ouest,
On dit que c’est là, la Falaise Rouge
du Seigneur Zhou des Trois Royaumes.

Un chaos de roches, une avalanche de nuages,
Des lames emballées qui fracassent les berges,
Dressées en rouleaux charriant mille congères.
Ce fleuve, ces montagnes semblent une peinture,
En une époque, combien de sages et de braves ?

De très loin je songe au Gong Jin de ces années,
Petite Qiao tout juste épousée,
Quelle noble allure et quelle vaillance !
En éventail de plumes et coiffe de soie,
Tranquille face au danger,
Causant et plaisantant, il se rendit maître
d’un ennemi réduit en cendres volantes et en fumée.
Quand mon âme vagabonde en ces anciens royaumes, 
Avec tant d’indulgence il se contenterait de rire de moi,
Né depuis si longtemps que mes cheveux sont blancs,
Qui traverse le monde comme en rêve,
Et n’y rend qu’un cratère consacré à la lune sur le fleuve.


CALLIGRAPHIE ORIGINALE DE SHI BO - EXTRAITE DE "PASSION A L'ENCRE" - (VOIR DANS LA MARGE)
Voici ma traduction qui cherche à respecter le magnifique texte original :

Nostalgie de la Falaise Rouge
Sur l’air Nian Nu Jiao
Su Shi (1037 – 1101)

Vers l’est galope le grand fleuve
Ses ondes ont emporté tant de héros de l’ancien monde
A l’ouest de la forteresse antique
On dit que c’est la fameuse Falaise Rouge
A l’époque des Trois Royaumes
Le général Zhou Yu avait gagné la bataille
Eventail de plume à la main
Coiffé d’un foulard de soie
Les rochers escarpés percent les nuées
Les vagues impétueuses se brisent sur le rivage
Soulevant mille monceaux neigeux
Si pittoresque est ce paysage
Qu’il fit l’admiration des hommes les plus courageux
Il me souvient du général vaillant et brillant
Tout souriant et causant avec sa nouvelle épouse
Il regardait la flotte ennemie s’en aller en fumée
En visitant cet ancien champ de bataille
Je me raille de mon émotion si forte
Quel regret que mes cheveux soient déjà grisonnants
La vie est trop brève tel un rêve
Je verse une coupe de vin
Et à la lune 
Et au grand fleuve


En faisant la comparaison de ces deux traductions, on peut se rendre facilement compte combien il est important de connaître l’histoire chinoise et ses évolutions culturelles (littéraire et artistique) . Cela permet alors de  mieux saisir et traduire l’ancienne poésie chinoise. Je recommande en toute sincérité à tous ceux qui essaient ce genre de traductions d’être à la fois, prudents et modestes.




mardi 25 juin 2019

A PROPOS DE LA TRADUCTION DE L'ANCIENNE POÉSIE CHINOISE EN FRANÇAIS.....

    --浅谈汉语古诗的法文翻译
Récemment, on m’a offert un gros et beau livre de traduction des anciens poèmes 古诗des Song en français. J’ai une admiration forte pour le traducteur, car comprendre la langue ancienne chinoise 古汉语 utilisée par les poètes des Tang et Song n’est pas une mince affaire, même pour les étudiants chinois. Cela paraît  encore plus difficile pour nous autres Européens car cette langue classique de la poésie chinoise des siècles lointains est une langue hautement condensée, ornée d’anecdotes historiques掌故et parfumée par de nombreuses allusions folkloriques 民间讽喻
   Je comprends parfaitement cette situation où se trouvent bon nombre de traducteurs sinologues français, car je suis souvent confronté à la même difficulté lorsque j’écoute un sketch humoristique français : souvent je ne comprends pas pourquoi soudain les gens éclatent de rire à un mot ou à une expression historique ou folklorique. C’est pourquoi je conseille toujours à mes amis sinologues d’être prudents et modestes quand on entreprend la traduction des anciens poèmes chinois.

   J’ai un ami français qui est depuis des années traducteur de l’ancienne poésie chinoise. Sa façon de procéder peu commune m’étonne et m’intrigue infiniment : ne connaissant le chinois ni contemporain ni ancien, lorsqu’ il décide de traduire un ancien poème chinois, il cherche et trouve toujours deux ou trois versions françaises dans différentes éditions. Il compare mot à mot ces traductions françaises ainsi trouvées pour se faire une compréhension (une idée ) du poème avant de forger dans sa tête sa traduction. Je lui dis souvent de faire attention à des erreurs existant dans différentes traductions qui pourront l’induire en erreur. Mais j’avoue que son courage force toujours mon admiration.

   A part la compréhension de la langue, il y a un autre principe pour toute la traduction: 
fidélité .
Le traducteur n’est ni plus ni moins qu’un transmetteur fidèle d’une langue à l’ autre .  Il n’a le droit ni d’omettre ni d’ajouter quoi que ce soit, il faut respecter scrupuleusement le texte original. Or dans ma lecture des traductions de ce genre publiées par d’importantes maisons d’édition, je trouve bien souvent des omissions ou des rajouts de la part du traducteur. C’est totalement insupportable, pour ne pas dire inadmissible, inacceptable !


Je me rappelle qu’une fois, mon amie Elisabeth B m’a présenté un livre de traduction, le traducteur a mis un vers en français sous le titre du livre, affirmant que ce vers est de Li Bai. J’ai fait des recherches pour trouver ce vers en chinois, mais en vain. J’ai conseillé à mon amie d’écrire une lettre à l’éditeur pour demander l’origine de ce vers chinois traduit en français. Silence radio de l’éditeur ! Je comprends ce silence, car en fait ce vers n’est que la création du traducteur français. J’avais un goût amer dans la gorge.

( À SUIVRE)....
 

lundi 10 juin 2019

APERÇU DES POEMES CONTEMPLATIFS (SUITE)

Quelques extraits .........

                                                   La couverture soyeuse invite à la lecture.  



Contemplation des fleurs dans le monastère

Guang Xuan

"Venu de très loin
Le vent d’Est amène le parfum
La Grande nature offre mille fleurs épanouies au soleil
Je ris devant ce pavillon rouge qui abrite l’immortel
A qui je rends visite
Au fond de sa grotte ombragée par des fleurs de pêcher"

Poeme de Guan Xuan Vivant autour de 821) ermite du Temple Anguo de la dynastie des Tang, maître de contemplation et poète contemplatif.


Pour exemple, ce recueil présente 10 poèmes accompagnés de calligraphies originales ....


le cahier impérial se conclue par une authentification numérotée.





jeudi 30 mai 2019

BREF APERÇU DES POÈMES CONTEMPLATIFS - --略谈瞑诗

Depuis un moment, sur ce blog, je parle  de 
shanshuishi 
 山水诗 
et de shanshuihua.
 山水画

De nombreux amis-lecteurs me demandent plus de renseignements sur shanshuishi  ( les poèmes contemplatifs ).
C’est un sujet très ample, et je me dois de développer autant que je peux ce sujet intéressant. 

D’abord, il faut dire que shanshuishi est né dans la recherche du "silence de l’âme " entreprise par les anciens ermites taoïstes et par certains lettrés reclus. 

Ces derniers, désirant se couper du monde, allèrent s’installer au fin fond des montagnes, au bord d’un cours d’eau isolé ou bien dans une grotte abandonnée. Quand ils faisaient face à de tels paysages silencieux et déserts, ils s’enivraient facilement de la sérénité offerte par de si beaux paysages pittoresques et idylliques, L’émotion poétique montait naturellement dans leur esprit et ainsi naquit la poésie shanshuishi.

Tao Yuanming, Wang Wei, Li Bai et Su Dongpo sont les plus grands ténors de cette poésie. La traduction française de leurs shanshuishi  est abondante, on a l’embarras du choix.

Cette poésie a une autre appellation littéraire : 
( 瞑诗 )
mingshi 
Ming   :
à ne pas confondre avec un autre ming qui veut dire crépusculesignifie fermer longtemps les yeux. En général lorsqu’on pratique la méditation pour plonger profondément dans le repli sur soi et pour effleurer le délice de la non-existence, les yeux sont toujours bien fermés, et pendant longtemps.

Mingshi a la vertu d’aider à entrer dans la méditation profonde car cette poésie offre souvent un très beau paysage silencieux propice au voyage mental et à l’enivrement du silence conduisant à l’oubli de soi-même.

Dans les annales de la poésie mingshi, brillent de nombreux poètes très connus, tels que Han Shan, Wang Wei, dont les œuvres sont abondamment traduites en français. 


Pour offrir aux lecteurs avisés de nouveaux visages de mingshi, j’ai choisi et traduit dix autres auteurs peu connus en France mais très importants et connus en Chine. 
J’ai réuni ces traductions françaises dans des cahiers traditionnels chinois sous le titre « Dix poèmes contemplatifs », espérant que mes amis-lecteurs admirent et goûtent les profonds délices de ce genre de poésies. 




Plusieurs d’entre eux  m’ont déjà manifesté leur intérêt pour ce recueil.

lundi 20 mai 2019

DIALOGUE CALLIGRAPHIQUE - 4. (SUITE ET FIN)

关于个人书体的对话
--A propos du style personnel suite et fin.

ALAIN PANSÈS - CHEMINS CALLIGRAPHIQUES P 88




S. B : J’ai des élèves très anciens, mon ami Alain P. a commencé son premier cours avec moi le 30 novembre 2002. Il a suivi tous les cursus que je lui ai préparés, il continue maintenant à venir suivre mes cours une fois par mois. Je lui ai conseillé en 2015 de copier Wang Xizhi, Zhao Mengfu, Shen Guoding 沈国定, etc. Il a consciencieusement suivi ma recommandation, il a même fait un dictionnaire de Wang Xizhi, il est prêt à faire un dictionnaire de mon style. Je pense qu’il est prêt à fusionner tous les éléments esthétiques appris depuis tant d’années pour forger son style.

Mon autre élève Elisabeth B. a commencé son premier cours avec moi le 16 septembre 2003. Elle a suivi un cours par semaine depuis cette date jusqu’à maintenant. De plus elle a fait trois années d’étude de la langue chinoise à l’INALCO et fréquente le Centre culturel chinois à Paris pour apprendre la peinture chinoise depuis une dizaine d’années. Toute cette étude de la culture chinoise l’aide à maîtriser très bien le pinceau. En 2016 nous avons fait un très beau livre sous le titre de « Passion à l’encre » bien apprécié de nos lecteurs. Malgré ses succès, Elisabeth ne m’a jamais parlé de créer son style, je ne sais pas ce qu’elle pense là- dessus.
ELISABETH BOURGEAS - CHEMINS CALLIGRAPHIQUE P 15

J’ai encore une autre élève très douée en art et bien appliquée à la calligraphie, elle vit à Digne Les Bains, c’est mon amie Corinne L, artiste de profession. Notre premier cours a eu lieu le 3 novembre 2007. Depuis plus de douze ans, elle vient une fois par mois pour travailler avec moi pendant quatre jours de suite. Son assiduité constante et sa facilité dans le maniement du pinceau méritent toujours mon admiration. Actuellement elle est au dernier cursus « herbe folle galopante », bientôt je pourrai lui proposer de copier d’autres grands maîtres historiques avant de créer son style propre

Madame Catherine B-Desbois fait partie de ce cortège de mes anciens élèves. Nous avons commencé notre parcours le 27 mai 2008, elle continue à venir à mes côtés une fois par mois pour calligraphier des vers qu’elle trouve dans des livres. Très appliquée dans le pinceau et dans l’encre, elle ne m’a pourtant jamais parlé de la création de son propre style.
CATHERINE B-DESBOIS - CHEMINS CALLIGRAPHIQUES P 27

Jean-Paul H de Roanne est aussi mon élève ami, très constant et consciencieux. Animé par son immense plaisir pour la culture chinoise, il a commencé les cours à mes côtés le 22 février 2007. Déjà douze ans que nos pinceaux dansent agréablement ensemble. Il anime à Roanne une association d’amateurs fervents pour la culture chinoise, ce qui nourrit toujours mon admiration. Mais à ce que je sache, Jean-Paul n’a pas non plus l’idée de créer son style personnel de calligraphie.
J’ai encore une série d’anciens élèves, tels que Xavier D, Khievchou T, Chantal D’E, Inès U, Muriel D, Edwige S etc. qui méritent d’être présentés ici. Mais ce sera peut-être pour une autre occasion. D’ores et déjà, je peux dire que j’ai un grand plaisir à travailler avec eux.

M.S-G : Je me posais la question : ton style est unique. Il nécessite donc un dictionnaire unique si on veut le respecter. Penses-tu en réaliser un ? du moins sur les caractères usités à l'époque Han ? Si tu n'en fais pas, ton style disparaitra après toi, sauf sur les calligraphies que tu as faites……

S. B : Je n’ai pas envie de faire un dictionnaire des caractères calligraphiés dans mon style. Je ne pense pas que ça vaille le coup. D’ailleurs, ne t’inquiète pas pour cela.
D’abord j’ai déjà laissé plusieurs ouvrages de calligraphie à l’Académie nationale et à l’Académie municipale pékinoise des peintres-calligraphes, tels que « Dao De Jing »道德經 ; « Trente six Stratagèmes chinois »三十六 et récemment « Préface au Pavillon des orchidées » 蘭亭序.

Ensuite j’ai horreur de courir après la renommée ou la célébrité.
Enfin en France durant ces vingt dernières années, j’ai laissé suffisamment de traces calligraphiques à mes élèves. Le cursus du kaishu est composé de 60 unités, chaque unité comprend 6 caractères, cela fait en tout 360 caractères ; le cursus du xingshu contient 50 unités, chaque unité présente 12 mots, ça fait en tout 600 mots. Mes élèves gardent dans leurs archives mes modèles de ces 960 mots, ils possèdent chacun un dictionnaire de mes tracés calligraphiques. J’en suis bien content.

M S-G : Comment trouver "mon style personnel" alors que je ne connais pas les règles de simplification des traits...... cela ne commence-t-il pas par là ? Le chinois de Chine, lorsqu'il écrit au quotidien, les applique bien que ce ne soit pas de la calligraphie......mais je suppose qu'il les apprend et ces règles sont-elles les mêmes que celles appliquées à la calligraphie ? Ou s'il faut les apprendre, mot par mot, comme on apprend le tracé du Kaishu ?

SHI BO - CHEMINS CALLIGRAPHIQUES.

S. B : Les règles des tracés ? Oui, certainement ! C’est justement ce que je ne me lasse pas d’expliquer en cours à mes élèves : axe du mot, symétrie des traits, harmonie entre le blanc du papier et le noir des traits (harmonie entre le vide et le plein), respiration du pinceau, équilibre du tableau dans son ensemble...
Tu as travaillé toute ta vie dans l’esthétique et la beauté, tu maîtrises bien les principes d’art susmentionnés. Et surtout tu es très active et créatrice, tu pourras forger ton style calligraphique. Je te souhaite bon vent !

mercredi 8 mai 2019

DIALOGUES CALLIGRAPHIQUES - 4

关于个人体的对话
--A propos du style personnel

Martine Sbolgi-Guinet :"Tout en pratiquant mes exercices calligraphiques, je pense à toi et je me suis dit que ce serait intéressant pour tes lecteurs de découvrir comment tu étais passé de l'enseignement de ton Maitre à la création de ton propre style……

Shi Bo : Tu parles du style calligraphique personnel, c’est un vaste sujet à explorer. Mais je pourrais déjà te dire avant de commencer notre conversation que le style personnel est au fond l’expression du sentiment et du tempérament personnels par le truchement du pinceau…
Le style "Bambou gracieux"

M. S-G : Comme chacun sait, il n'y a pas de rapport entre l'écriture "ordinaire" de "tous les jours" et l'écriture calligraphique......Est -ce ton Maître qui t'y a amené ?

S. B : En effet, l’écriture quotidienne n’est pas la calligraphie. Ce sont deux choses distinctes, différentes. Mais pour un Chinois, l’écriture courante présente déjà des points communs avec la calligraphie kaishu et xingshu. Je pense que quand le stylo et le pinceau sillonnent le papier, l’auteur exprime ses sentiments et ses émotions, ceux-ci déterminent la physionomie et le souffle de ses tracés que ce soit au stylo ou au pinceau.
J’ai créé mon style et il lui a fallu plus de 15 ans pour être vraiment reconnu comme tel. Au départ, ce n’était pas du tout mon Maître qui m’y avait amené.

M. S-G : Peut-on dire que tu l'as fait sous sa sage conduite ? ou que tu l'as fait beaucoup plus tard ?

 S. B : Créer un style calligraphique reconnu comme tel est un long parcours . Qu’est-ce que le style calligraphique personnel ( 人书体 ) ? Pour répondre à cette question, il faut avant tout savoir comment un jeune Chinois apprend la calligraphie.

Cet apprentissage consiste en grande partie en la copie répétée des maîtres. 

Au départ, on a un professeur qui explique aux élèves comment prendre correctement le pinceau, préparer l’encre, et respirer avec le pinceau. 

Mon premier Maître était décorateur en chef de la municipalité de Shanghaï. Il était exigeant mais très patient et gentil. Il m’expliquait avant tout comment se tenir debout ou assis devant le pinceau, et comment diriger l’esprit vers le vide (concentration). Et puis, il traçait patiemment des traits et des mots que je copiais, copiais, dix fois, cent fois, le même geste jusqu’à son hochement de tête de bas en haut et le petit sourire au coin de ses lèvres. A ce moment-là, sa main gauche se posait sur ma petite tête et caressait mes cheveux bien noirs. Je sentais son énergie douce parcourir mon corps.

De cinq à quatorze ans (j’ai oublié exactement combien d’années), tous les matins, je répétais ces gestes sous le guide de son pinceau, du kaishu 楷书au caoshu 草书 en passant par zhuanshu 篆书et xingshu行书. A cette époque-là, je ne faisais qu’imiter mon maître, tout en cherchant à ce que ma calligraphie ressemble au plus près possible à la sienne. J’étais un bon copiste. J’ai reçu beaucoup de caresses de sa main gauche sur ma tête.

Et puis, mon Maître , souffrant d’une maladie aiguë, m’a quitté brusquement. Je me souviens aujourd’hui encore qu’un jour avant la fin de sa vie, mon père m’accompagna à son chevet à l’hôpital, le vieux lettré me salua avec un léger sourire fatigué, posant sa main gauche sur ma petite tête, me murmurant péniblement :
« Mon petit, tu as fait un bon départ avec moi, maintenant tu peux copier Wang Xizhi 王羲之 , Zhao Mengfu赵孟頫 ; Yan Zhenqing 真卿 ; Zheng Banqiao 郑板桥, Wen Zhengming 文征明, Tang Yin 唐寅 et autres grands maîtres historiques ». Je lui promis de respecter ses instructions.

En effet, j’ai été fidèle à ma promesse pendant de longues années. 
J’ai passé une quinzaine d’années à copier et copier ces grands maîtres. Et au fur et à mesure, l’envie de m’exprimer à travers le pinceau se faisait naturellement sentir, cette envie devenait de plus en plus forte, irrésistible et à ce moment-là j’arrivai à calligraphier librement et joyeusement , comme je sentais et je voulais,. C’est ainsi qu’est né mon style « Bambou gracieux ». C’ est en fait un sacré mélange de tout ce que j’ai appris auprès de mes nombreux maîtres. 
(A SUIVRE)